C'est précisément cet argument qui illustre la grande contradiction au cœur de ce débat. Depuis des années, nous entendons — à juste titre — qu'il faut intégrer la communauté ultraorthodoxe dans le marché du travail, dans l'université, dans la fonction publique et même dans le service militaire. Tous les gouvernements israéliens, toutes tendances politiques confondues, ont promu des programmes poursuivant un seul et même objectif : augmenter le nombre d'ultraorthodoxes accédant à l'enseignement supérieur, partant du principe que l'éducation est la clé de l'intégration économique et sociale.
Or voilà que lorsque l'État cherche à lever l'un des principaux obstacles à l'accès aux diplômes avancés, ces mêmes acteurs s'y opposent. On ne peut pas appeler à l'intégration et, dans le même souffle, s'opposer aux conditions qui la rendent possible. Autrement dit, on peut apparemment le faire si l'on en est capable, mais c'est absurde.
La réalité est que, pour une grande partie de la communauté ultraorthodoxe, étudier dans un cadre académique mixte n'est pas une option praticable. On peut être d'accord avec ce mode de vie ou le contester, mais c'est la réalité. Lorsqu'une personne souhaite étudier sans renoncer à ses convictions, cela ne signifie pas qu'elle cherche à les imposer aux autres. Elle demande simplement qu'on lui offre la possibilité d'acquérir une formation dans un cadre compatible avec son mode de vie et ses croyances.
C'est pourquoi le professeur Porat a tort. L'académie ne se transforme pas parce qu'une option supplémentaire est ajoutée. Elle n'est pas lésée lorsqu'elle ouvre ses portes à des populations qui en étaient jusqu'ici exclues. Au contraire, c'est précisément ainsi qu'elle accomplit sa mission. La loi ne supprime aucune filière existante ; elle permet simplement une voie supplémentaire pour ceux qui, sans elle, dans de nombreux cas, ne poursuivraient tout simplement pas d'études.
C'est exactement le point que les opposants à cette loi peinent à affronter. L'alternative à une filière séparée n'est pas nécessairement une filière mixte, mais souvent — l'absence totale d'études.
Lever les obstacles et s'intégrer
Le débat autour de la séparation de genre se déroule souvent comme s'il existait une preuve scientifique univoque de son caractère néfaste. En réalité, les études vont dans les deux sens. Certains travaux affirment que les filles obtiennent de meilleurs résultats dans des cadres séparés, en particulier dans les matières scientifiques ; d'autres ne trouvent aucune justification pédagogique à cette séparation. Le tableau scientifique est plus nuancé qu'il n'y paraît.
Mais en réalité, ce n'est même pas là l'essentiel de la question. La vraie question n'est pas de savoir si une classe séparée est pédagogiquement supérieure à une classe mixte. La vraie question est de savoir si l'État souhaite que les ultraorthodoxes poursuivent des études avancées, ou non.
Sur ce point, les données sont claires. Selon les chiffres du Conseil de l'enseignement supérieur et de l'Annuaire de la société ultraorthodoxe en Israël de l'Institut israélien pour la démocratie, le nombre d'étudiants ultraorthodoxes en Israël a augmenté d'environ 274 % entre 2010 et 2024 — passant d'environ 4 600 à quelque 17 400. Au cours de l'année universitaire 2023-2024, on n'a enregistré qu'une hausse de 4 %, après une progression moyenne de 9 % au cours des trois années précédentes. Ce ralentissement est attribué à la guerre des Épées de fer, qui a entraîné une baisse du nombre d'étudiants dans l'ensemble de la population.
Cette croissance n'est pas le fruit du hasard. Elle s'est produite parallèlement à la mise en œuvre de programmes spécifiques et de filières adaptées à la communauté ultraorthodoxe, destinés à lever les obstacles et à favoriser l'intégration dans l'enseignement supérieur. Cette politique a fonctionné : davantage d'ultraorthodoxes ont étudié, davantage ont acquis un métier, et davantage se sont intégrés au marché du travail. Étendre cette possibilité aux masters et aux doctorats constitue le prolongement naturel d'une politique qui a déjà fait ses preuves.
Certains estiment que le libéralisme implique que tout le monde apprenne de la même façon. À mon sens, c'est l'inverse. Le vrai libéralisme permet aux personnes aux visions du monde différentes de s'intégrer dans la société sans être contraintes de renoncer à leur mode de vie ni à leurs convictions. Une société libre ne se mesure pas au fait que tous ses citoyens vivent de manière identique. Elle se mesure à sa capacité à permettre à chaque individu d'accéder à l'éducation, de vivre dignement et de contribuer à la société, même s'il choisit de vivre autrement.
Dès lors que l'État d'Israël souhaite disposer de davantage de médecins ultraorthodoxes, de plus de psychologues, de chercheurs, d'ingénieurs et d'enseignants issus de la communauté ultraorthodoxe — il doit frayer le chemin qui les y conduira. On ne peut pas exiger de la communauté ultraorthodoxe qu'elle s'intègre dans l'académie, dans le marché du travail et dans la société israélienne, tout en lui refusant, dans le même souffle, les conditions qui rendent concrètement possible cette intégration.