Yoni Netanyahu : le héros d'Entebbe

La vie de Yoni fut maintes fois suspendue à un fil. Tout au long de son service, il entretenait une correspondance avec ses parents, ses frères, ses amis, révélant une figure exemplaire de combattant, lettré autant que guerrier, amoureux de sa terre et de son peuple. Il incarnait cette bravoure de l'âme et de la force dont Jabotinsky avait écrit : « De même que la gloire de la bravoure n'appartient pas à celui qui en est dépourvu dans l'âme, de même l'âme ne sert à rien si elle manque de bravoure… L'âme crée des idéaux, forge des visions pour l'avenir, mais elle ne peut subsister si la force lui fait défaut pour les mettre en œuvre. »

Yoni a incarné, dans sa vie comme dans sa mort, la figure du héros juif telle que l'avait imaginée le père de la renaissance militaire hébraïque. L'esprit dans lequel il fut élevé, dans un foyer nationaliste, l'anima tout au long de sa brillante carrière militaire, jusqu'à sa mort loin des frontières de l'État, à seulement 30 ans. Je l'ai connu quelque peu. Yoni et Bibi, que leur mémoire soit bénie, avaient séjourné quelques jours chez nous dans les années 1950, enfants, lorsque leurs parents étaient partis en Espagne. Je me souviens vaguement d'un garçon introverti, perdu dans ses pensées, mais pas moins espiègle que son célèbre frère.

Dor Ben Shimhon : le héros du Liban

Dor Ben Shimhon a grandi dans un kibboutz où régnait une culture politique différente. Trois de ses frères étaient également dans les blindés, et un autre avait servi dans Golani. Un esprit de bravoure et de deuil imprégnait les sentiers du kibboutz lorsque 11 de ses fils tombèrent lors de la guerre du Kippour, trois ans avant Entebbe. Parmi eux se trouvait le poète et compositeur Yosef Sharig, auteur d'un admirable chant d'amour à Jérusalem : « J'ai vu une ville enveloppée de lumière / Elle s'élève dans les couleurs de l'arc-en-ciel / Elle résonne en moi comme une harpe à dix cordes / J'ai vu une ville enveloppée de lumière. » Il existe ainsi un lien indéfectible entre ce vieux kibboutz et la capitale éternelle d'Israël, entre deux familles de combattants à l'âme indomptable.

Et Jabotinsky ? Il avait rédigé un admirable article sur les kibboutzim de la vallée, intitulé « La dernière terre du romantisme », dans lequel il écrivait notamment : « Si vous voulez voir une véritable république de travailleurs, n'allez pas en Russie, allez dans la vallée. » Dans sa vision de 1927, il voyait peut-être en exemple ce que serait Beit HaShita, qui n'était pas encore fondé à l'époque.

Comme Yoni, Dor — surnommé Dov'sh — est sorti de l'anonymat après l'annonce de sa mort. On parlera encore et encore de lui. Les récits sur le fils de Beit HaShita voient déjà le jour : ils dépeignent un combattant qui partait pour chaque mission avec le sourire, qui étreignait ses soldats, qui comprenait sans la moindre hésitation l'essence de l'action au sud du Liban. Je suppose qu'il se souciait peu du brouhaha dans l'arrière-pays, des commentateurs climatisés dans leurs studios, dissertant sur l'inutilité du combat contre les terroristes du Hezbollah. Dov'sh a laissé derrière lui son épouse, elle-même combattante, leurs deux filles et un kibboutz enveloppé d'un deuil lourd.

Un seul et même fil conducteur

Un fil unique relie directement Yoni, le héros d'Entebbe — qui, s'il vivait aujourd'hui, aurait environ 80 ans, un chef et un éducateur dont la lumière guide des générations de combattants prêts à défendre leur pays —, et Dor, qui voyait dans le service militaire une vocation, qui savait qu'il risquait sa vie, et qui est tombé à 32 ans, tué par l'éclat d'un drone de frappe qui atteignit le char du commandant de bataillon.

Yoni comme Dor considéraient leur mission militaire comme l'essentiel de leur existence. Deux lieutenant-colonels, l'un citadin, l'autre fils de kibboutz, qui en mourant nous ont légué la vie, mais avant tout l'unité, la sagesse, la foi dans la justesse de la voie, et la nécessité d'un combat sans compromis contre les terroristes jusqu'à leur élimination. À leur lumière marcheront encore des générations de jeunes qui méprisent les déserteurs.

Les actes de bravoure en Israël ne s'éteignent pas. Heureux le peuple dont ce sont là les fils — les héros.