Ma vie a basculé ce jour-là. Tout a changé. Je suis contrainte d'apprendre à gérer une vie de couple, un foyer et une famille par rotations. Les coûts annexes de ces rotations — notamment les thérapies psychologiques pour chacun des membres de la famille — engloutissent mes économies. Les rotations elles-mêmes bloquent nos perspectives professionnelles. Mes enfants prennent et perdent du poids en alternance. Mais les ultra-orthodoxes, eux ? Les ultra-orthodoxes ont besoin de temps. Du temps pour s'adapter, du temps pour s'organiser, du temps pour décider s'ils acceptent de mettre la main à la pâte.

Ce temps, c'est le gouvernement israélien actuel qui l'achète pour eux. Il le monnaye en semaines et en mois pendant lesquels mon mari, le père de mes enfants, et des centaines de milliers d'hommes comme lui, sont arrachés à leur vie. Ils enfilent leur uniforme encore et encore, tandis que Tsahal développe pour les ultra-orthodoxes des filières d'intégration spécifiques sans uniforme — des filières qui restent vides de recrues. Sous couvert de préserver le monde de la Torah, tous les stratagèmes sont permis, pourvu que le gouvernement israélien puisse continuer à alimenter financièrement la machine de l'exemption.

La réunion de la Commission des affaires étrangères et de la défense de la Knesset a été ouverte par son président, le député Boaz Bismuth, avec une déclaration solennelle : « Nous allons aujourd'hui faire avancer deux lois qui résoudront le problème des effectifs dans l'armée et permettront à chaque soldat de servir conformément à sa foi et à son mode de vie. » Les deux lois sur la table : la loi d'exemption du service militaire, et la loi temporaire sur la prolongation du service obligatoire des soldats en activité. D'un côté, libérer du service 100 000 ultra-orthodoxes soumis à l'obligation militaire ; de l'autre, pressurer toujours davantage la population qui sert.

La prolongation du service est censée alléger également la charge des réservistes, du moins en apparence. Le soulagement attendu, selon les estimations des professionnels de la commission, s'élève à moins de huit jours de réserve par an et par militaire. C'est pour cela que Bismuth croit pouvoir nous vendre, à nous citoyens israéliens, la destruction du pacte fondamental entre chaque citoyen et l'État. Vous continuerez à servir pendant que vos frères continuent à se défiler, puis vous servirez encore, et encore davantage — mais à condition qu'aucun combat intense n'éclate à nouveau, votre ordre de mobilisation sera réduit de huit jours.

D'où vient ce mépris sidérant envers la population qui sert ? Soit, on traite les soldats comme la ressource la moins chère sur le champ de bataille, soit on nous a épuisés jusqu'à la moelle, soit on nous a conduits à l'effondrement et au-delà. Mais cette population, qui prouve encore et encore qu'elle place l'État au-dessus de ses intérêts personnels — quelqu'un croit-il vraiment que nous accepterons de brader la sécurité, l'économie et le bien-être d'Israël en échange de huit jours de réserve en moins ? Cela fait un an que Boaz Bismuth se déploie avec zèle pour retarder et diluer l'application de sanctions économiques contre les ultra-orthodoxes récalcitrants, et pour protéger les fonds qui lubrifient la machine de l'exemption. En commission, lors d'un moment de démasquage, il s'est vanté de sa loyauté envers un seul chef — la véritable raison pour laquelle nous savons tous qu'il occupe ce fauteuil de président. C'est sur cette loyauté, a-t-il déclaré, qu'il se représente aux prochaines élections.

Notre rôle en tant qu'électeurs est de faire comprendre clairement à Bismuth, et à l'ensemble de nos députés, qu'ils se doivent d'être loyaux envers nous. Envers le peuple. Le parti qui reçoit nos voix à la Knesset doit servir notre sécurité et notre prospérité. La grande réussite politique d'un élu ne peut pas être la préservation de la carrière du Premier ministre — surtout pas alors que les entreprises et les carrières des réservistes et de leurs familles sont sur la voie d'un effondrement rapide. La loyauté envers un seul chef n'est pas une qualité digne d'admiration lorsqu'elle se fait au détriment du peuple.

Emuna Klein Bar-Noy est épouse de réserviste et membre de l'organisation « HaMitmanrot » (Celles qui jonglent).