Moshe Green, président de Tzomet

Israël entre dans une nouvelle phase avec une combinaison dangereuse : un coût de la vie élevé, des prix de l'immobilier inouïs, des entreprises qui s'effondrent ou végètent, un système de santé à bout de souffle, la reconstruction du Nord, un traumatisme national et des coûts sécuritaires qui ne cesseront d'augmenter. Il ne s'agit plus d'ajustements budgétaires. C'est une réalité qui impose un nouveau plan économique national.

Les entreprises, premières en ligne

Les premières à devoir être placées au centre des préoccupations sont les entreprises. Plus de petites subventions de survie, plus d'emplâtres bureaucratiques. Des milliers d'entreprises dans le Nord, dans le Sud, dans les secteurs des services, du commerce et du tourisme ne sont pas vraiment revenues sur les rails. Les chefs d'entreprise ne cherchent pas la pitié ; ils ont besoin d'outils pour recroître. L'État devra réinjecter de l'argent dans l'économie, mais d'une manière qui génère une activité réelle : crédit accessible, allègements fiscaux, encouragement des investissements, incitations à l'embauche, réduction des réglementations et insufflation d'oxygène aux entreprises créatrices d'emplois et de croissance. Sans cela, la reprise économique ne sera qu'un slogan.

L'immobilier et l'éléphant dans la pièce

Mais il est impossible de parler de croissance sans évoquer le marché du logement et du foncier, et l'éléphant dans la pièce : l'Autorité foncière d'Israël (Rashut Mekarkei Israel – RMI). Pendant des années, la RMI a fonctionné en pratique davantage comme une machine à collecter des recettes que comme un moteur national de résolution de la crise du logement. Au lieu de porter une vision de foncier disponible, d'offre accrue et de prix raisonnables, le public a reçu toujours plus de commercialisations de terrains à des prix gonflés, des procédures toujours plus lourdes et un système qui a transformé le foncier en denrée rare plutôt qu'en moteur de croissance. Le résultat est limpide : les prix des terrains ont grimpé, ceux du logement se sont envolés, et l'horizon s'est presque complètement bouché pour le citoyen israélien.

Si Israël veut véritablement reconstruire l'économie de l'après-guerre, il ne pourra pas esquiver un débat courageux : faut-il une transformation profonde de la RMI, voire le démantèlement du modèle actuel et la création d'un nouveau mécanisme dont la mission serait de faire baisser le prix du foncier, d'accélérer les déclassements de terres et de libérer la construction au rythme dont l'économie a besoin ?

Les réservistes, le front silencieux

Vient ensuite le front le plus silencieux — celui des réservistes. Pendant des mois, l'État s'est appuyé sur eux. Beaucoup d'entre eux rentreront maintenant chez eux pour trouver une réalité économique difficile : une entreprise qui a perdu ses clients, un emploi qui ne les attend plus, une carrière à l'arrêt, des dettes, l'épuisement et, parfois, des blessures physiques ou psychologiques. Certains découvriront que pendant qu'ils combattaient, leur vie économique s'est tout simplement évaporée.

L'État ne peut se contenter de diplômes honorifiques, de réductions symboliques ou de campagnes émouvantes. Il doit bâtir un plan de relèvement économique pour les réservistes : accompagnement professionnel, soutien aux entreprises, filières de crédit, formations, incitations à l'embauche et protection économique réelle. Faute de quoi, au lieu de réintégrer des personnes productives dans le tissu du travail et de l'entrepreneuriat, Israël en verra une partie s'installer durablement à la table des allocations sociales. Ce n'est pas seulement une tragédie individuelle ; c'est un échec national.

La guerre économique ne fait que commencer

Tout cela se produit alors qu'Israël s'apprête à entrer dans des années de budgets sécuritaires croissants, un système de santé qui devra prendre en charge des milliers de victimes de traumatismes et de blessés, et des investissements colossaux dans la reconstruction de régions entières.

La question n'est plus de savoir si un nouveau plan économique est nécessaire. La question est de savoir s'il existe une direction politique prête à dire la vérité : on ne peut pas continuer avec la même économie qu'avant la guerre. Le jour d'après ne se construira pas par des reports, des subventions ponctuelles ou un optimisme artificiel. Il exigera une révision des priorités, des réformes douloureuses et des décisions que personne n'a voulu prendre ces dernières années. Car même si la guerre sécuritaire venait à s'apaiser, la guerre économique d'Israël, elle, ne fait probablement que commencer.