Regardez le discours de ce jour-là. Trump s'avance vers le microphone et déclare, dès les premières minutes : « Notre pays ne remporte plus de victoires. Nous en avions autrefois, mais plus maintenant. Quand avons-nous vu pour la dernière fois quelqu'un nous battre, la Chine par exemple, dans un accord commercial ? » Il demanda ensuite quand les États-Unis avaient remporté la dernière fois face au Japon ou au Mexique. Ce même message, lancé en 2015, aurait pu l'être en 2020 ou en 2026.

Il y avait déjà, à l'époque, le mépris pour ses adversaires (« Ils ne savaient pas que la salle était trop grande — comment pourraient-ils vaincre Daech ? »), les exagérations sur les chiffres de l'assistance (« des milliers », alors que les journalistes présents n'en dénombraient que des dizaines), et les provocations offensives — le Mexique envoyant aux États-Unis des « violeurs », et devant financer le mur que Trump bâtirait à sa frontière.

Dès ce premier instant, Trump sut se singulariser, ébranler les médias et s'emparer du débat comme de l'agenda politique. En l'espace d'un mois, il prenait la tête des sondages des primaires. En peu de temps, il réunissait des dizaines de milliers de supporters dans ses meetings. Les figurants avaient disparu. Les médias, eux, envoyaient désormais leurs plus grands noms — qui essuyaient les invectives de « fake news » avant de revenir au meeting suivant.

Par ailleurs, malgré l'influence considérable qui se dessine pour l'intelligence artificielle, il est possible que celle de Trump soit encore plus grande — sur la politique, sur la géopolitique, et surtout sur la culture. Qui l'eût cru : cette curiosité déconcertante allait changer le monde. Un événement de plus qui nous enseigne à quel point l'Histoire sait nous surprendre.