Mais avant de plonger dans les détails de l'accord, il faut poser une question fondamentale : quel est l'intérêt d'une négociation qui n'inclut pas le seul acteur qui détermine la réalité sur le terrain — le Hezbollah ?
Une farce diplomatique
Traiter avec le gouvernement libanais relève de la farce diplomatique. Prétendre que Beyrouth pourrait « imposer » le désarmement du Hezbollah n'est rien de moins qu'une illusion. Quelqu'un, au niveau politique, croit-il réellement que l'armée libanaise — dont des pans entiers coopèrent étroitement avec le Hezbollah — se lancera dans une guerre fratricide pour défendre la frontière d'Israël ? Douter de la sincérité du gouvernement libanais et de sa capacité à faire face à l'organisation terroriste n'est pas du pessimisme, c'est du réalisme élémentaire.
Le désarmement du Hezbollah ne s'obtiendra pas par une signature sur du papier à Beyrouth ; il ne s'obtiendra que par le viseur de Tsahal, par la destruction systématique de ses infrastructures et par une action militaire déterminée qui ne s'arrête pas sous la pression diplomatique.
Un changement de paradigme historique
Cela dit, au milieu de ce flot de critiques justifiées, on ne peut ignorer un point de lumière central et surprenant — l'un de ceux qui marquent un tournant historique dans la doctrine sécuritaire israélienne.
Contrairement à tous les accords qu'Israël a signés avec ses voisins depuis toujours — des traités de paix avec l'Égypte aux accords d'Oslo, en passant par les retraits du Liban et de Gaza — l'accord actuel ne prévoit aucun retrait territorial israélien.
Il s'agit d'un changement de paradigme dramatique.
Pendant des années, on nous a inculqué la formule « territoire contre tranquillité », une conception qui s'est fracassée encore et encore sur la réalité sanglante du terrain. Ici, nous assistons à l'adoption d'une doctrine différente, celle qui a caractérisé la présidence de Donald Trump : Israël conserve ses actifs territoriaux et n'y renonce pas en échange de promesses creuses.
Nous avons vu ce modèle se mettre en place à Gaza, où Israël indique clairement qu'elle maintient sa présence sur des points stratégiques, et nous le voyons désormais au Liban. C'est une nouveauté remarquable — Israël ne se précipite plus pour « payer » en territoire afin d'obtenir une signature de l'autre partie.
Attention au feuille de vigne
Ce sur quoi il faut insister, c'est que cette lueur d'espoir ne devienne pas, à Dieu ne plaise, une feuille de vigne dissimulant l'échec de l'objectif principal. Maintenir le territoire est un outil important, mais ce n'est pas un substitut à la décision militaire. Si le gouvernement israélien se satisfait du « non-retrait » tout en laissant un Hezbollah armé et menaçant de l'autre côté de la clôture, il ne fait que repousser l'échéance. L'accord avec le gouvernement libanais ne doit pas devenir un « accord du roi Salomon » dans lequel nous obtenons le territoire mais perdons la sécurité.
La voie vers une paix durable dans le Nord passe par l'écrasement du Hezbollah jusqu'à sa disparition, et non par les couloirs diplomatiques d'un gouvernement libanais impuissant.