Si la guerre se conclut effectivement par l'accord actuel, alors au regard des objectifs de guerre fixés — le bilan de cette campagne est négatif. Nous n'avons pas atteint en pratique les principaux objectifs de guerre tels qu'ils avaient été définis, et il est important de le dire clairement.
L'accord dont il est question n'a pas encore été signé, et il se structure en réalité en deux volets : un accord sur le détroit d'Ormuz, qui impulse le processus, et un accord nucléaire, censé le clore. L'accord d'Ormuz lui-même n'est pas encore signé, et le président Trump reconnaît qu'il y subsiste des problèmes — nous n'en sommes donc pas encore là. Quant à l'accord nucléaire, dans le délai proposé de 60 jours et face à une telle densité de détails, il y a de sérieux doutes quant à notre capacité à parvenir à un accord dont on pourrait évaluer la valeur réelle. Nous ignorons donc encore comment les choses vont évoluer.
Il est vrai que même si seul l'accord d'Ormuz était signé, l'Iran y gagnerait deux acquis importants à ses yeux : une certaine reconnaissance de la légitimité du régime et de sa souveraineté, y compris peut-être sur le détroit d'Ormuz lui-même ; et bien sûr, le fait que la question qui lui importe le plus — le nucléaire — ne serait abordée qu'en deuxième phase. Or, au Moyen-Orient, la deuxième phase est parfois une étape purement théorique qui ne se concrétise jamais.
Le nucléaire, seul véritable étalon-mesure
Q : En début de mois, vous avez déclaré que la question nucléaire n'avait quasiment pas été traitée au cours des 40 derniers jours. Si la menace nucléaire n'est pas résolue, on est en droit de se demander : qu'avons-nous accompli dans cette affaire, et que reste-t-il à faire ?
Il faut garder les yeux rivés sur l'essentiel, comme disent les Américains : nucléaire, nucléaire, nucléaire. Parmi tous ces détails, je reviens sur le seul critère qui puisse servir à tous comme boussole pour évaluer nos acquis : le breakout time, autrement dit le délai de percée vers la matière fissile. C'est-à-dire : combien de temps faut-il aux Iraniens, à partir du moment où ils décident de forcer le passage vers l'arme nucléaire, pour enrichir suffisamment de matière pour une bombe — soit un enrichissement à 90 %. À titre de comparaison, l'accord Obama (le JCPOA) nous accordait un an de délai de percée ; tout accord futur doit donc prévoir un délai supérieur à un an.
Dans ce délai se trouvent condensés tous les paramètres : combien de kilogrammes d'uranium enrichi quitteront le territoire iranien et combien y resteront, le nombre de centrifugeuses avancées, l'étendue des inspections et des installations souterraines. Les mille détails qui composent un accord nucléaire convergent tous, in fine, vers cet unique indicateur, sur lequel je propose de concentrer l'attention de manière absolument prioritaire pour toute comparaison.
Le Liban, une bombe à retardement qu'on ne peut ignorer
Le second point concerne le Liban. La situation actuelle y est intenable ; nous devons séparer les fronts et traiter ce dossier face au gouvernement libanais, sous parrainage international et en combinant l'action militaire. Et si malgré tout les Iraniens décident que le Liban fait partie intégrante de l'équation, et que nous leur opposons l'argument : « Le Liban est un proxy, votre bras armé à travers le Hezbollah » — alors ouvrons l'ensemble du dossier des milices supplétives et exigeons que chacune d'elles soit intégrée dans le cadre de l'accord. De cette façon, nous pourrions peut-être les contraindre à accepter des sujets qu'ils évitent soigneusement pour l'instant.
Le général de corps d'armée (res.) Tamir Hayman est l'ancien chef du renseignement militaire israélien (Aman) et l'ancien commandant du Corps Nord. Il dirige aujourd'hui l'Institut d'études pour la sécurité nationale (INSS).