Une notion qui mérite un examen rigoureux

Il est pourtant essentiel d'examiner ce terme chargé à l'aide d'outils politico-stratégiques, sans pour autant en écarter totalement la dimension émotionnelle. Une menace existentielle est celle qui peut ébranler jusqu'aux fondements l'existence même d'Israël en tant qu'État souverain, capable de se défendre. Un prix élevé en vies humaines et en biens matériels, aussi douloureux soit-il, ne constitue pas nécessairement un danger existentiel.

La guerre du Kippour, lors de laquelle deux armées de puissances régionales ont pris Israël par surprise, pourrait approcher la définition d'une menace existentielle. Mais il s'est avéré que les objectifs de guerre de ces États étaient limités, compte tenu de leur propre évaluation selon laquelle ils ne pourraient pas vaincre militairement Israël. Israël a réussi à ériger un « mur de fer » militaire, social et économique qui dissuade ses ennemis en raison de leur incapacité à le vaincre militairement ou même économiquement. C'est pourquoi certains d'entre eux se sont tournés vers la voie diplomatique.

Le nucléaire iranien : menace grave, mais pas nécessairement existentielle

La capacité de l'Iran à atteindre une aptitude nucléaire militaire constituerait-elle une menace existentielle pour Israël ? La réponse est négative. Il s'agirait d'une menace extrêmement grave, très sérieuse, qui obligerait Israël à empêcher l'Iran d'y parvenir — mais ce ne serait pas nécessairement une menace existentielle. Il existe une logique politique à l'emploi du terme « existentiel » dans le contexte iranien : son but est de signifier à la communauté internationale qu'il s'agit, du point de vue d'Israël, d'une menace d'une gravité absolue, et que les nations du monde doivent donc empêcher l'Iran d'acquérir cette capacité nucléaire.

Cette politique a remporté un succès non négligeable. La communauté internationale, sous leadership américain, a réussi à empêcher l'Iran d'atteindre son objectif nucléaire — que ce soit par des sanctions, des actions coercitives, ou bien sûr l'accord sur le nucléaire. Même si le gouvernement israélien n'est pas à l'aise avec cet accord, dans les faits, l'Iran n'a pas atteint de capacité nucléaire militaire. Cela dit, la guerre actuelle n'est pas terminée. Après les frappes militaires sans précédent contre l'Iran et l'élimination de son leadership, la donne ne semble guère différente.

Les dommages d'une rhétorique inflationniste

L'utilisation excessive et irresponsable de la menace existentielle se comprend à la lumière de l'histoire juive et du sentiment que « de génération en génération, ils se lèvent pour nous anéantir ». Depuis la création de l'État, les guerres et affrontements ont gravé dans la conscience israélienne le sentiment de menaces graves et permanentes. Mais l'usage inflationniste de la menace existentielle nuit à la capacité de manœuvre politico-stratégique d'Israël.

Il ne lui permet pas d'examiner sérieusement des solutions alternatives et légitimes face aux menaces. Le préjudice causé à la société israélienne, qui vit depuis des années sous le nuage d'une menace existentielle, est considérable. Il s'agit d'un processus destructeur dont les effets ne sont pas visibles au quotidien, mais dont les fissures s'approfondissent inexorablement.