À l'approche des élections, les factions minoritaires de la coalition, et en particulier les partis ultra-orthodoxes, font tout pour engranger des gains — des budgets — en exploitant la pression croissante qui pèse sur la faction dominante du bloc, le Likoud. Dans ce contexte, il est plus aisé de la faire chanter par une législation religieuse et de conditionner l'intégrité de la coalition à cette exigence. Ce faisant, les politiciens ultra-orthodoxes se rendent encore plus insupportables aux yeux d'une grande partie du public laïc et du public traditionaliste, dont le Likoud est la maison naturelle.
La situation dans l'État juif est radicalement différente de celle qui prévalait en diaspora depuis deux mille ans. Quelle que soit l'importance de la foi et de la prière, c'est l'audace de ceux qui portent l'uniforme, leur combat, leur sacrifice, leur bravoure, qui garantissent depuis 78 ans la survie de l'État. Mon petit-fils, par exemple, est un laïc convaincu, qui a servi deux ans au combat dans la bande de Gaza en risquant sa vie. Lui et ses camarades sont le « rempart », selon l'expression de Gafni, du peuple qui réside en Sion. Parmi eux, certains connaissent la Torah, d'autres ignorent les coutumes du judaïsme. Cela n'enlève pas la moindre valeur à leur dévouement et à leur amour pour leur patrie et leur peuple.
En particulier en ces jours où l'État combat ceux qui cherchent à le détruire, la comparaison entre la contribution des étudiants de la Torah et celle des combattants de Tsahal est tout simplement inacceptable. Si au moins les promoteurs de cette loi exigeaient que leur public — les étudiants des yeshivot — reçoive un enseignement général (matières fondamentales), afin qu'ils connaissent la vie au-delà des pages du livre et des bancs de la yeshiva. La majorité du peuple juif vit dans son État indépendant. Il serait juste que les dirigeants ultra-orthodoxes en prennent acte. L'époque des shtetlekh est révolue. Et oui, je serais heureux que les écoles laïques dispensent également à leurs élèves un enseignement de culture générale juive. Que savent les élèves de Tel Aviv, de Ramat HaSharon et d'une partie des kibboutzim de la Bible, du Talmud et de la Guemara ? Un enseignement modéré de la Torah, même dans les écoles laïques — il n'y a rien de meilleur.
Faut-il s'étonner, dès lors, que le phénomène de l'esquive du service militaire ne soit pas l'apanage du seul public ultra-orthodoxe ? Il gagne aussi le public laïc, en l'absence d'éducation aux valeurs juives. Je suggèrerais de détourner les budgets de ceux dont la Torah est de toute façon leur métier, vers ceux qui sont ignorants, et pour qui personne ne transmet la tradition et l'héritage des générations de leur peuple — le fait même d'être juif.
Est-il admissible de se déchaîner et de paralyser le pays lorsque le résultat est qu'un malade ne peut pas rejoindre sa clinique, qu'une femme en train d'accoucher ne peut pas atteindre la maternité, et qu'un soldat ne peut pas rejoindre son unité à temps ? Comme les manifestations haineuses de Kaplan, les manifestations violentes des ultra-orthodoxes nous ont menés au bord du gouffre. Nous avons atteint la limite de la tolérance face à la capitulation devant le chantage qu'impose la minorité ultra-orthodoxe à la majorité laïque et traditionaliste.
Parallèlement à une loi fondamentale sur l'étude de la Torah, il faut légiférer une loi rappelant aux ultra-orthodoxes qu'ils sont citoyens d'Israël et soumis à ses lois. À défaut, l'État devrait pouvoir leur imposer des sanctions économiques — la suspension des budgets et des subventions. En outre, l'État doit protéger les jeunes ultra-orthodoxes qui s'enrôlent et empêcher par la force toute tentative de perturber la vie en Israël.