Contrairement peut-être à une partie des lecteurs, j'estime que Benyamin Netanyahou a globalement bien conduit cette guerre. Au fil du conflit, des milliers de décisions ont été prises ; la plupart étaient, à mon sens, bonnes voire très bonnes, et elles ont conduit à des coups sévères et significatifs portés aux ennemis d'Israël. Tout cela, bien entendu, sans minimiser en rien sa responsabilité dans la défaillance du 7 octobre.

C'est pourquoi je ne doute pas qu'un autre Premier ministre à la tête du gouvernement n'aurait rien changé : Trump aurait opéré exactement le même revirement. La source du problème ne réside pas dans l'identité du Premier ministre israélien, mais dans la vision du monde du président américain. Trump privilégie, encore et encore, le calcul utilitaire, économique et intéressé à court terme, au détriment d'une conception plus large d'une alliance de valeurs occidentales, incluant la lutte commune contre le terrorisme, l'extrémisme et les régimes qui menacent la stabilité mondiale.

Et de là découle la conclusion : Bibi, sois iranien. Non pas dans le sens des valeurs, bien entendu, mais dans le sens stratégique. Les Iraniens ne se demandent pas chaque matin ce que Washington pense d'eux. Ils définissent leurs objectifs nationaux, fixent leurs lignes rouges et œuvrent de manière cohérente à leur avancement au fil des années, parfois à l'encontre des positions des grandes puissances mondiales. Israël doit agir de la même façon : préserver ses relations avec les États-Unis, mais avant tout défendre ses propres intérêts.

Préserver la dignité nationale

Un État souverain ne peut fonder sa sécurité et son avenir sur la bonne volonté d'un dirigeant étranger, aussi bienveillant soit-il. Israël doit clairement établir, avec courtoisie si possible et avec fermeté si nécessaire, quelles sont ses lignes rouges — et agir en conséquence.

Gaza

À Gaza, il faut poursuivre le processus d'annexion rampante des zones de sécurité, réduire l'aide au strict minimum nécessaire, et frapper tout terroriste, tout homme armé, tout bâtiment ou installation au service du Hamas.

Contrairement aux arguments parfois avancés, il existe aujourd'hui une véritable opportunité de parvenir au désarmement du Hamas. Israël ne doit pas s'arrêter à un pas de l'accomplissement de sa mission.

Liban

Au Liban, il faut insister sur la séparation entre le Liban et l'Iran, et refuser la logique de l'« unité des fronts » promue par Téhéran. L'élimination de la menace d'invasion et de tirs directs sur les localités du nord doit constituer une ligne rouge absolument non négociable.

Tout tir de mortier, tout lancement de drone et toute violation significative de la souveraineté israélienne doivent susciter une réponse sévère et délibérément disproportionnée, qui démontrera que les équilibres d'avant le 7 octobre ne reviendront jamais. En définitive, les réprimandes de Trump valent mieux que les oraisons funèbres des mères israéliennes.

Iran

En réalité, l'accord nuit à la dissuasion et à l'image américaine autant qu'il nuit à Israël. Il envoie un message de concession, de report et d'achat d'une paix temporaire au lieu d'une solution de fond.

Dans une telle situation, Israël doit intensifier son activité clandestine, diplomatique et de renseignement visant à affaiblir le régime iranien. En définitive, la chute du régime à Téhéran est la seule voie qui permettra un changement fondamental et durable au Moyen-Orient. Ce n'est pas seulement ma position — d'anciens hauts responsables de l'appareil sécuritaire, dont un ex-directeur du Mossad, ont affirmé au fil des années que le régime iranien est bien plus vulnérable qu'il n'y paraît de l'extérieur, et que sa chute est tout à fait envisageable.

Qatar

Il est temps de cesser de considérer le Qatar comme un médiateur neutre. En pratique, pendant de longues années, ce pays a été l'une des principales sources de financement de groupes terroristes et extrémistes au Moyen-Orient. Israël a prouvé qu'il sait frapper les cambistes du Hamas à Gaza et les institutions financières au service du Hezbollah au Liban.

Il est temps qu'Israël commence à traiter sérieusement le rôle du Qatar dans le financement et l'alimentation des foyers d'extrémisme dans la région — et il est de notoriété publique que de graves incidents techniques peuvent survenir dans les grandes installations pétrolières.

La leçon d'Israël

La grande leçon de cette période n'est pas que Trump a « trahi » Israël. Les grandes puissances ne trahissent pas ; elles agissent selon leurs propres intérêts. La leçon, c'est qu'Israël doit reprendre l'habitude de penser comme un État véritablement indépendant.

Et en ces jours où nos amis d'outre-Atlantique nous rappellent que leurs intérêts passent avant tout, il est peut-être temps que nous nous souvenions, nous aussi, d'une vérité toute simple : personne ne veillera sur la sécurité d'Israël mieux qu'Israël lui-même.

C'est pourquoi, Monsieur le Premier ministre — sois iranien. Non dans ta haine de l'Occident, mais dans ton obstination à défendre tes intérêts nationaux, même lorsque les grandes puissances mondiales préféreraient que tu te comportes autrement.