De surcroît, l'Iran a réussi à intégrer le front libanais dans ses négociations avec les Américains. Washington accepte ce lien et la logique iranienne, et agit en conséquence auprès d'Israël pour l'empêcher d'intensifier ses frappes au Liban. Par ce biais, l'Iran est parvenu à reconstituer — certes partiellement — sa stratégie des proxies, mise à mal par l'affaiblissement de l'axe qu'il avait construit.
Israël se trouve dans un piège difficile, sa marge de manœuvre face aux États-Unis étant étroite. Israël a commis de graves erreurs dans sa gestion des deux fronts concernés — l'Iran et le Liban. Sur le dossier iranien, il a refusé d'intégrer la préférence claire du président Trump pour parvenir à un accord et éviter un retour aux opérations militaires.
L'échec sur le front libanais est encore plus frustrant. Jérusalem n'a pas reconnu que la poursuite des frappes, aussi justifiées soient-elles, servait en réalité le Hezbollah et son parrain iranien. Israël n'a pas su faire preuve de sagesse diplomatique face aux opportunités stratégiques que lui offrait le gouvernement libanais.
Le Liban, malgré sa faiblesse, mène depuis plusieurs mois une politique offensive — certes largement politique et déclaratoire — à l'encontre du Hezbollah et de l'Iran. Par ailleurs, le gouvernement libanais a accepté des négociations directes avec Israël dans un effort désespéré pour parvenir à un cessez-le-feu, avec pour objectif d'affaiblir le Hezbollah et d'éloigner l'Iran du Liban.
Israël ne peut certes pas, et ne doit pas, renoncer à la pression militaire sur le Hezbollah. Mais il lui faut peser avec discernement la courte laisse que lui accorde le président Trump au Liban, et prendre acte de l'absence de solution militaire à la question du Hezbollah — comme le lui rappelle l'état-major militaire, à sa façon souveraine. Israël doit également tenir compte des importantes évolutions internes au Liban et du large soutien qui y existe en faveur de négociations directes. Un accord de paix avec Israël n'est pas un tabou absolu dans l'opinion publique libanaise.
Il est aujourd'hui très difficile de dissocier le lien entre l'Iran et le Hezbollah, notamment parce que c'est précisément l'administration américaine qui l'a intégré dans ses négociations avec Téhéran. Israël doit adopter la conception américaine du cessez-le-feu — aussi bien avec l'Iran que, et surtout, sur le front libanais. Israël doit comprendre qu'un cessez-le-feu au Liban, même unilatéral, le sert lui et les États-Unis, et non le Hezbollah et l'Iran.
La disposition d'Israël à accepter un tel cessez-le-feu — assortie d'un avertissement que toute violation entraînerait une réponse sévère (comme l'Iran vient de le faire) — placerait le Hezbollah (et l'Iran) devant un dilemme, et accentuerait la pression intérieure au Liban sur le Hezbollah pour qu'il contienne son arsenal.
Dans tous les cas, Israël aurait tout à y gagner, même si le cessez-le-feu ne tient pas. Déstabiliser la stratégie des proxies iraniens, en mettant l'accent sur la rupture du lien entre l'Iran et le Liban, exige des processus à long terme centrés sur le renforcement de l'État libanais. Ce dernier clame haut et fort qu'il est prêt à y aller. Le gouvernement israélien est-il capable de saisir l'opportunité stratégique qui se présente à lui, malgré ses lourdes erreurs passées ? J'en doute.