Ces derniers mois, le monde a reçu un rappel cinglant de ce que les experts en énergie savent depuis des années : la sécurité énergétique ne se mesure pas uniquement à la quantité de carburants disponibles, mais surtout à la capacité d'en garantir l'acheminement continu, même lorsque la région est en feu.

La guerre avec l'Iran et la crainte d'une atteinte au détroit d'Ormuz ont illustré avec acuité la vulnérabilité des chaînes d'approvisionnement mondiales. L'une des voies maritimes les plus sensibles et les plus fréquentées au monde est capable, en un instant d'escalade, d'impacter les prix de l'énergie, la disponibilité des carburants et la stabilité économique de nombreux pays. Lorsqu'une part significative du commerce mondial de l'énergie transite par un seul goulet d'étranglement maritime, le monde a besoin d'alternatives.

Non pas des alternatives théoriques, mais des voies d'approvisionnement réelles, terrestres, maîtrisées et sécurisées. Dans ce contexte, la création du nouveau port pétrolier dans la baie de Haïfa et le projet de corridor terrestre de produits raffinés reliant les pays du Golfe à l'Europe via Israël représentent bien plus qu'un simple projet d'infrastructure. Ils constituent une opportunité stratégique de placer Israël dans une nouvelle position sur la carte énergétique régionale et internationale.

C'est précisément là que l'infrastructure devient un levier stratégique. Un corridor terrestre de produits raffinés, d'une longueur prévue d'environ 1 500 km, pourrait permettre l'acheminement continu de carburants raffinés depuis le Golfe Persique vers Israël, puis vers l'Europe. Au lieu de s'appuyer uniquement sur des routes maritimes menacées, une chaîne d'approvisionnement supplémentaire — terrestre et logistique — serait ainsi créée, reliant les producteurs d'énergie du Golfe aux marchés européens, qui font face depuis plusieurs années à une pénurie persistante de produits raffinés, notamment le diesel et le kérosène.

Il s'agit d'un projet bien plus ambitieux que la simple pose d'un pipeline. C'est un système énergétique régional complet. En son cœur se trouverait la baie de Haïfa, appelée à devenir un hub régional pour les produits raffinés, doté d'un port de pointe, d'installations de stockage, de systèmes de mélange pour adapter les produits aux normes européennes, ainsi que de plateformes de commerce et de distribution internationales. Cela signifie qu'Israël ne serait pas un simple point de transit, mais un centre opérationnel, logistique et commercial d'importance internationale.

Le nouveau port pétrolier est un élément central de cette vision. Il permettra d'accueillir de très grands navires-citernes internationaux, de décharger du gazole, de l'essence, du kérosène et du fioul grâce à des systèmes avancés, et d'injecter les produits raffinés dans le réseau national de transport et dans les parcs de stockage à travers le pays. De là, l'énergie atteint les aéroports, les centrales électriques, les transports, l'industrie et l'ensemble des consommateurs énergétiques israéliens. Une chaîne d'approvisionnement continue, sécurisée et maîtrisée voit ainsi le jour, renforçant la continuité fonctionnelle de l'économie en temps normal comme en situation d'urgence.

Le modèle d'exploitation de cette infrastructure est tout aussi important que l'infrastructure elle-même. L'exploitation du système selon un modèle d'Open Access permettra un accès équitable à une diversité de fournisseurs et de clients, stimulera la concurrence, réduira les obstacles et contribuera à la stabilité du marché de l'énergie. Lorsqu'une infrastructure nationale est construite de manière ouverte, efficace et équitable, elle ne sert pas un seul acteur ou un intérêt ponctuel, mais l'ensemble de l'économie et la capacité de l'État à gérer sa sécurité énergétique de façon autonome et responsable.

Pour Israël, il s'agit d'une double bonne nouvelle. Premièrement, le renforcement de la sécurité énergétique nationale : le port pétrolier et le corridor terrestre augmenteront la flexibilité opérationnelle de l'économie, renforceront les capacités de réception et de stockage, et permettront de mieux répondre aux situations ordinaires comme aux crises. Deuxièmement, il s'agit d'un levier géostratégique : Israël peut passer du statut de consommateur final à celui de maillon central dans la chaîne énergétique entre le Golfe et l'Europe.

Cette démarche s'inscrit également dans une vision plus large de connectivité régionale et internationale, dans l'esprit de l'initiative IMEC (India-Middle East-Europe Economic Corridor), qui vise à relier l'Inde, le Moyen-Orient et l'Europe via des corridors commerciaux, des infrastructures et de l'énergie. Dans ce cadre, Israël a la capacité de devenir un point d'ancrage : un État relativement petit par sa superficie, mais doté d'une position géographique unique, de capacités d'ingénierie avancées et d'une expérience éprouvée dans l'exploitation de systèmes énergétiques critiques.

La société Tasha (Infrastructures Énergétiques) apporte à ce projet des décennies d'expérience dans la planification, la construction et l'exploitation d'infrastructures nationales de carburant. Nous exploitons des centaines de kilomètres de pipelines, des installations de stockage stratégiques et des systèmes de contrôle fonctionnant en continu, en temps ordinaire comme en cas d'urgence. Le défi actuel est encore plus grand : non seulement exploiter une infrastructure existante, mais construire un nouveau système régional reliant sécurité énergétique, compétitivité, innovation et coopérations internationales.

Le port pétrolier et le corridor terrestre sont une invitation à regarder loin devant soi. Non pas seulement le besoin immédiat du lendemain matin, mais la place d'Israël dans les décennies à venir. Dans un monde où les voies énergétiques deviennent de plus en plus vulnérables, celui qui sait offrir un itinéraire sûr, stable et efficace détient entre ses mains un actif stratégique de première importance.

Telle est la promesse de cette initiative : Israël peut être non seulement un État qui protège sa propre sécurité énergétique, mais un État qui apporte une solution énergétique régionale. Non seulement une porte d'entrée pour les produits raffinés, mais un pont entre le Golfe et l'Europe. Non seulement un nouveau port, mais le socle d'un nouveau statut d'Israël en tant que puissance régionale en infrastructures énergétiques.

Telle est la promesse de cette initiative : Israël peut être non seulement un État qui protège sa propre sécurité énergétique, mais un État qui apporte une solution énergétique régionale. Non seulement une porte d'entrée pour les produits raffinés, mais un pont entre le Golfe et l'Europe. Non seulement un nouveau port, mais le socle d'un nouveau statut d'Israël en tant que puissance régionale en infrastructures énergétiques.