Pendant des décennies, Israël a légitimement joui du statut de « nation des start-ups ». Son avantage comparatif ne découlait pas de ressources naturelles, mais d'un capital humain de qualité, d'une innovation et d'une créativité technologique remarquables, ainsi que d'une capacité exceptionnelle à transformer le savoir théorique en solutions concrètes. Or, précisément aujourd'hui, alors que l'économie israélienne a plus que jamais besoin d'ingénieurs, de techniciens supérieurs, de spécialistes en électricité et électronique, d'experts en cybersécurité, en intelligence artificielle et en production avancée, le nombre d'étudiants dans ces filières technologiques est bien en deçà des besoins réels.
Selon des données publiées ces dernières années, seulement environ 13 % des étudiants de l'enseignement supérieur en Israël s'orientent vers des filières de techniciens et d'ingénieurs. Ce taux est bien inférieur aux besoins de l'économie israélienne et aux objectifs que le pays devrait se fixer. Cela signifie que le système d'enseignement supérieur forme trop peu de diplômés dans les domaines où sévit une pénurie réelle, tandis que dans d'autres domaines, on constate parfois un surplus de diplômés par rapport à la demande du marché du travail.
En d'autres termes, Israël ne souffre pas seulement d'un manque de formation technologique, mais aussi d'un phénomène de surproduction académique dans certains domaines. Pendant des années, l'État a encouragé les jeunes à s'orienter vers des études universitaires presque à tout prix, partant du principe qu'un diplôme académique constituait la voie royale vers la réussite. Dans les faits, le marché du travail a évolué. Aujourd'hui, de nombreux métiers technologiques offrent des salaires élevés, une stabilité de l'emploi et des perspectives d'avancement significatives, même sans cursus universitaire traditionnel — des métiers dont la contribution à l'économie est indéniable. Parallèlement, de nombreux diplômés dans d'autres domaines peinent à trouver un emploi correspondant à leur formation.
Du point de vue économique également, il s'agit d'une nécessité nationale. Les secteurs de la haute technologie et de l'industrie avancée représentent une part significative des exportations israéliennes, des recettes fiscales de l'État et de la productivité économique. Plus le nombre de travailleurs dotés d'une formation technologique augmentera, plus Israël sera en mesure de faire face à la concurrence internationale, d'attirer les investissements étrangers, de consolider une industrie forte et indépendante, non tributaire de facteurs externes, et d'améliorer le niveau de vie des citoyens israéliens.
C'est pourquoi un objectif national clair et mesurable s'impose désormais : porter le taux d'étudiants dans les filières de formation technologique de 13 % à au moins 20 % de l'ensemble des effectifs de l'enseignement supérieur d'ici une décennie. Un tel objectif doit s'appuyer sur un programme gouvernemental ambitieux comprenant un investissement dans l'enseignement technologique dès l'école, l'élargissement des filières de techniciens supérieurs, l'attribution de bourses et d'aides pour encourager les jeunes à choisir cette voie, la coopération avec l'industrie et la reconnaissance des études de techniciens supérieurs comme équivalentes à une licence universitaire.
La valorisation du capital humain, par le renforcement de la formation technologique, est un moteur de croissance essentiel et une condition nécessaire au renforcement de la sécurité, de l'économie et de la société. Il s'agit d'une démarche nationale et stratégique dont les enjeux touchent à tous les aspects de notre vie. L'Israël des prochaines décennies devra faire face à des défis plus complexes, plus concurrentiels et plus technologiques. Pour garantir sa résilience et sa prospérité, et répondre aux tendances mondiales, il lui faut investir là où réside son plus grand avantage : ses hommes et ses femmes. Renforcer la formation technologique n'est plus une option parmi d'autres — c'est une condition sine qua non pour assurer l'avenir et la résilience de l'État d'Israël.