Pendant des décennies, Israël s'est enorgueilli à juste titre d'être la « nation des start-up », un pays bâti, préservé et renforcé avant tout grâce à ses femmes et ses hommes : des scientifiques ayant développé des technologies de rupture, des médecins ayant fait avancer les traitements et veillé à la santé publique, des chercheurs et des universitaires ayant consolidé la résilience intellectuelle du pays. Dans un État aussi petit qu'Israël, aux ressources limitées et confronté à des défis sécuritaires permanents, le capital humain est le premier actif national.

Dès lors, la question de la fuite des cerveaux en Israël constitue un défi national stratégique de premier ordre. Chaque année, des centaines des chercheurs, médecins et entrepreneurs les plus brillants du pays partent effectuer un post-doctorat, des formations avancées ou saisir des opportunités professionnelles à l'étranger. Cette expérience internationale n'est pas en soi le problème — bien au contraire. L'exposition aux laboratoires, aux hôpitaux et aux industries de pointe dans le monde renforce l'excellence israélienne et garantit son rayonnement international. Le véritable défi commence lorsque trop grand nombre de ces personnes d'exception ne reviennent pas en Israël.

Lorsqu'Israël perd un scientifique ou un médecin, ce n'est pas simplement le revenu d'une famille qui lui échappe. C'est de la recherche de pointe, des brevets futurs, des avancées médicales, la création de start-up, du leadership académique et de l'innovation dans les domaines de la défense et de la technologie qui s'en vont avec eux.

Une étude commandée par l'organisation ScienceAbroad a établi que, sur l'ensemble d'une carrière, chaque scientifique supplémentaire revenant en Israël est susceptible de générer une valeur nationale considérable, tandis que chaque scientifique qui ne rentre pas représente une perte économique et stratégique à long terme. L'une des analyses a estimé cette perte à environ 20 millions de shekels sur l'ensemble d'une vie professionnelle pour chaque chercheur resté à l'étranger. Mais le coût réel est encore plus élevé — social, éducatif et géopolitique.

L'avantage qualitatif d'Israël dans les domaines de la science, de la médecine, de la technologie et de la défense a toujours reposé sur un écosystème fragile d'excellence. Un pays de moins de dix millions d'habitants ne peut pas rivaliser par la taille. Il rivalise par la créativité, l'innovation et l'intelligence. Si cette intelligence s'érode progressivement au fur et à mesure que les talents migrent vers d'autres pays, Israël risque d'affaiblir les fondements même de sa croissance économique, de son système de santé, de sa sécurité nationale et de sa résilience sociale.

Les scientifiques et médecins israéliens à l'étranger constituent l'un des plus grands réservoirs de puissance stratégique d'Israël. La plupart ne partent pas parce qu'ils souhaitent abandonner leur pays. Ils partent pour se développer, se perfectionner et exceller — avant de revenir contribuer à la société israélienne. Notre mission est de garantir qu'Israël demeure le lieu où cette excellence peut construire son avenir.

Cela implique de créer de véritables filières de retour : des opportunités académiques compétitives, une meilleure intégration dans l'industrie, la réinsertion des médecins dans le système de santé, des réseaux professionnels solidaires et une politique nationale qui reconnaisse le retour des talents comme un objectif stratégique. Et cela va bien au-delà du seul enjeu économique. Le retour des cerveaux au pays renforce la société israélienne en consolidant la classe moyenne, en élargissant les opportunités dans les régions périphériques, en réduisant les inégalités et en garantissant que la prochaine génération d'Israéliens grandira dans un pays qui continue de porter le flambeau mondial de la science, de la médecine et de l'innovation.

Un signal fort depuis New York

Le congrès scientifique de ScienceAbroad qui s'est tenu cette semaine à New York a marqué, à nos yeux, un tournant dans la manière d'aborder la question du retour en Israël. Pour la première fois, des centaines de chercheurs israéliens venus d'Amérique du Nord et d'Europe ont rencontré des présidents d'universités, des doyens, des directeurs d'hôpitaux et des représentants de l'industrie israélienne — non pas seulement pour présenter des recherches de rupture, mais pour examiner concrètement comment bâtir ici leur avenir professionnel et personnel.

L'un des faits les plus marquants de ce congrès a précisément été le désir exprimé par de nombreux chercheurs de rentrer en Israël — d'y créer des laboratoires, d'enseigner dans des universités, de s'intégrer au système de santé et de continuer à innover animés par un sentiment de mission et d'attachement au pays. Mais parallèlement à ce désir, les obstacles ont été mentionnés, encore et encore : manque de postes, incertitude économique, écarts de salaires, difficultés d'intégration et sentiment d'instabilité quant à l'avenir en Israël.

L'État d'Israël ne peut pas se permettre de perdre ses meilleurs cerveaux. Ni sur le plan moral, ni sur le plan stratégique, et certainement pas sur le plan économique. L'État a été fondé par des hommes et des femmes venus ici pour construire et se construire, et la mission de notre génération est de veiller à ce que les scientifiques, médecins et chercheurs israéliens continuent de le faire. L'avenir d'Israël ne sera pas assuré par des ressources naturelles, mais par son capital humain. Aussi, le retour des scientifiques n'est pas seulement une question d'enrayer la fuite des cerveaux — c'est une question de garantir l'avenir de l'État d'Israël.

La professeure (émérite) Rivka Carmi est médecin et spécialiste en médecine et génétique, présidente du conseil d'administration de ScienceAbroad. Nadav Doani est directeur général de ScienceAbroad.