850 navires bloqués : l'ampleur d'une paralysie économique

Les chiffres qui s'accumulent sur le bureau du président à la Maison-Blanche racontent une histoire de paralysie économique. Quelque 850 navires et pétroliers se trouvent actuellement dans le bassin du Golfe Persique, soumis à des restrictions et à une surveillance étroite. Ces navires sont bloqués ou perturbés depuis près de quatre mois, depuis le 28 février 2026. À cela s'ajoutent plus de 150 supertankers (VLCC) mouillant au large du golfe d'Oman, dans l'attente d'une autorisation d'entrée sécurisée qui ne pointe pas à l'horizon. Cette masse représente un stock stratégique contenant environ 20 % de l'approvisionnement mondial en pétrole brut et un pourcentage similaire du trafic de gaz naturel liquéfié (GNL).

Un détroit ouvert, mais un passage paralysé

La raison de la retenue politique réside dans la réalité technique et sécuritaire sur le terrain. Depuis l'ouverture du détroit, le rythme de sortie effectif ne dépasse pas 30 % de la normale. Au lieu des 100 à 130 navires par jour habituellement enregistrés, seuls 20 à 40 grands navires passent désormais quotidiennement. Le passage fonctionne à moins de la moitié de sa capacité, principalement parce que la voie internationale centrale (TSS) est encore totalement minée. Le trafic se trouve contraint d'emprunter d'étroits chenaux secondaires longeant les côtes omanaises et iraniennes, créant un goulot d'étranglement physique et augmentant le risque de collisions.

Au-delà des mines maritimes, une nervosité sécuritaire paralyse le marché. Les nouvelles menaces iraniennes, survenues dans le sillage de l'escalade au Liban, poussent de nombreuses compagnies maritimes à couper leurs émetteurs AIS ou tout simplement à continuer d'attendre hors de la zone de danger. À cela s'ajoutent les coûts d'assurance : les primes de risque de guerre sont restées plusieurs centaines de pourcents au-dessus de la normale, ce qui transforme chaque traversée en pari économique coûteux et retarde significativement la sortie de la flotte captive. Dans cette situation, Trump est contraint de ravaler sa fierté et d'entendre que ce qu'on lui verse dessus n'est que de la « pluie » — du moins jusqu'à ce qu'il parvienne à libérer les pétroliers.

Entre 60 et 90 jours pour desserrer l'étau

La grande question est celle du temps, et les prévisions ne sont guère encourageantes à court terme. Le seul déminage du chenal principal nécessitera au minimum 30 jours de travail continu pour le rendre praticable en toute sécurité. La libération complète du « bouchon » maritime demandera bien davantage : au rythme actuel, et en supposant qu'aucune nouvelle escalade ne se produise, il faudra entre 60 et 90 jours — soit deux à trois mois — pour vider le stock de pétroliers bloqués et ramener le marché du transport et de l'énergie à une certaine stabilité.

Une fenêtre d'opportunité qu'Téhéran exploite jusqu'au bout

En conclusion, nous nous trouvons dans une fenêtre d'opportunité qu'l'Iran exploite à fond. Téhéran perçoit clairement le besoin américain de ramener les navires sur le marché et utilise ce levier pour humilier et exaspérer les États-Unis et le monde entier. Trump attend le moment où les pétroliers seront hors de portée du danger et où le marché se rééquilibrera. Selon les données de Windward, Kpler et de l'Agence internationale de l'énergie publiées en juin 2026, c'est seulement une fois ce bouchon libéré que l'on pourra observer un changement d'approche américaine. D'ici là, les Iraniens continueront de jouer avec nous ; après, ce sera vraiment intéressant à observer.