Une tentative iranienne d'imposer un nouvel ordre régional

La crise actuelle n'est pas qu'un affrontement militaire tactique : il s'agit d'une tentative iranienne ambitieuse d'imposer un « nouvel ordre régional ». Cet ordre implique le positionnement de l'Iran comme puissance régionale dominante, ayant tenu tête aux États-Unis et à Israël avec fierté, cherchant désormais à instaurer de nouvelles règles du jeu pour remplacer la liberté de navigation internationale. Cette crise du Golfe aura des répercussions profondes sur l'État d'Israël, générant un mélange complexe de risques existentiels et d'opportunités géostratégiques historiques, qui exigent une analyse approfondie des intérêts de chaque acteur.

Le jeu du temps : Iran, États-Unis et les calculs politiques

Dans le cadre de ce « jeu du temps », l'Iran comprend qu'il ne peut modifier son idéologie radicale, car un tel changement signifierait l'arrêt de mort du régime et de ses bras armés. C'est pourquoi, en signant le mémorandum d'entente avec les États-Unis, il cherche à maximiser ses gains : avaler temporairement une « pilule amère » pour stabiliser le pouvoir en interne via le dégel de fonds et le contrôle du détroit, tout en restaurant simultanément ses systèmes de commandement et de contrôle, sa défense aérienne, ses capacités balistiques, et en poursuivant discrètement ses ambitions nucléaires. Pour Téhéran, les frappes actuelles ne sont qu'un épisode passager dans la vision d'une hégémonie chiite.

Du côté des États-Unis et du président Trump, il s'agit également d'un « jeu du temps ». Le président mène une négociation sophistiquée dans le but de traverser les élections de mi-mandat et de conserver la majorité républicaine au Congrès et au Sénat. Pour lui, c'est une question de survie politique ; sans majorité, il ne pourra faire avancer ni sa politique intérieure ni étrangère, et risque même de faire face à une procédure de destitution. L'intérêt américain immédiat est donc de rechercher une stabilité économique et des prix du pétrole bas à court terme, tout en reportant les décisions cruciales à l'après-élections.

Les risques stratégiques pour Israël

Dans cette réalité complexe, Israël fait face à des risques stratégiques significatifs, au premier rang desquels la crainte d'une escalade sur plusieurs fronts simultanés. Un retour à un affrontement direct avec l'Iran pourrait endommager des installations stratégiques et l'économie, et rallumer les combats face aux Houthis au Yémen, aux milices en Irak, au Hezbollah et à Gaza. De plus, le blocage du détroit provoque une vulnérabilité économique et une inflation mondiale. En tant qu'économie « île-port » dépendante du commerce maritime, Israël est exposée à de graves perturbations des chaînes d'approvisionnement et à une flambée dramatique des prix de l'énergie et du fret.