Une société à la dérive
La société israélienne fait face, depuis quelques années, à l'une des périodes les plus complexes et les plus déstabilisantes de son histoire. Le sentiment collectif est celui d'une perte de cap — un navire voguant au cœur d'une tempête sans boussole, dont les capitaines semblent avoir perdu tout contact avec la réalité objective et les véritables besoins du peuple. Le débat public est houleux, et les critiques adressées aux échelons politiques et militaires se font chaque jour plus acérées, sur fond de ce qui est perçu comme un échec retentissant, tant sur le plan gestionnaire que sur celui des valeurs.
Lorsque l'on observe la conduite actuelle du gouvernement et du système de défense, une image préoccupante se dégage : une paralysie stratégique teintée d'absence totale de prise de responsabilité. Voici l'analyse de la situation telle que la perçoit une grande partie de la population :
Zamir et Netanyahou : une alliance mortelle
Il arrive que le chef d'état-major émerge brièvement à la surface et proclame que l'armée s'effondre sur elle-même — mais cela ne l'empêche pas de continuer à conduire des combattants vers une mort dépourvue de tout sens. La combinaison de ces deux postures est létale pour le peuple d'Israël, et les résultats sont connus de tous : Tsahal n'a remporté aucune victoire décisive sur aucun front, et notre situation sécuritaire est aujourd'hui la plus grave depuis la création de l'État.
Le Beaufort : une opération sans lendemain
Lorsque la nouvelle de la prise de contrôle du Beaufort par Tsahal a été publiée, j'ai immédiatement rédigé un article dans lequel j'affirmais que cette manœuvre ne produirait aucun bénéfice opérationnel et ne nous rapprocherait en rien d'une victoire décisive contre le Hezbollah. J'avais mis en garde contre les lourdes pertes humaines que cela entraînerait, et contre un embrasement accru du front par le Hezbollah. J'avais également écrit qu'à terme, nous serions contraints de nous retirer du Beaufort, tôt ou tard, sans aucun acquis réel. C'est précisément le schéma dans lequel l'échelon politico-militaire tente de forger une image de vainqueurs, en sacrifiant en vain la vie des soldats.
L'accord Trump-Iran : une menace pour Israël
Face à l'accord problématique signé par Trump avec l'Iran — qui accepte d'associer un cessez-le-feu avec Téhéran à un cessez-le-feu total au Liban —, les craintes quant à ses répercussions s'intensifient. Selon les termes de cet accord, dans un délai de 60 jours suivant sa signature, Israël serait contraint de se retirer du Liban jusqu'à sa frontière nord. Une menace iranienne pèse déjà sur le Hezbollah : si Israël poursuit ses frappes au Liban, l'Iran répondra par un feu massif de missiles balistiques, de roquettes et de drones d'une intensité sans précédent, et ne s'engagera pas dans un processus de négociation.
L'heure des responsabilités
La réalité dépeinte dans cette analyse est effectivement sombre. Lorsque les institutions publiques s'effondrent les unes après les autres, la responsabilité ne peut demeurer purement théorique. Gouverner un État en temps de crise exige des décisions courageuses, une transparence vis-à-vis des citoyens, et surtout, la primauté de l'intérêt national sur l'intérêt politique personnel.
L'appel à un changement profond au sein des élites dirigeantes ne procède pas d'une volonté de coup d'État, mais d'une inquiétude existentielle profonde pour l'avenir de la maison nationale. Pour restaurer la résilience nationale, l'économie et le rayonnement international d'Israël, il faut un nouveau leadership — frais, visionnaire et intègre —, capable de refédérer les rangs et de rebâtir la confiance, érodée jusqu'à l'os, entre le citoyen et les institutions de l'État. Le temps ne joue pas en notre faveur, et l'Histoire ne pardonnera pas à ceux qui ont vu l'État foncer vers le précipice sans lever le petit doigt pour l'arrêter.