La question ne devrait pas être de savoir si le gouvernement survivra à la session, ni à quelle date les élections seront reportées ou avancées, ni si les ultra-orthodoxes feront tomber le gouvernement. La question aurait dû être : l'État d'Israël sera-t-il capable, même après le 7 octobre, de maintenir le principe sur lequel repose son armée populaire ? Car il n'a pas d'autre choix.

Mais cette diversion ne s'est pas produite d'elle-même. Netanyahou l'a lui-même créée — et c'est précisément pourquoi il s'est empressé de prendre le contrôle de la manœuvre autour de la motion préliminaire de dissolution de la Knesset. Ce faisant, Netanyahou a changé le langage dans lequel Israël parlait de l'événement. Le débat ne portait plus sur le manque de soldats, l'épuisement des réservistes ou la question de savoir si le modèle de « l'armée populaire » pouvait encore tenir face à une guerre longue. À partir de ce moment, la question était devenue politique : la coalition va-t-elle se désintégrer ? Qui a remporté la manche ? Qui pliera en premier ?

C'était une manœuvre politique, brillante en apparence, mais simultanément dangereuse — précisément parce qu'elle a réussi à réduire un événement national aux dimensions d'un drame parlementaire. Netanyahou a, comme toujours, procédé à une gestion calculée des risques et a compris que le véritable danger pour lui n'était pas le vote à la Knesset, mais la possibilité que le public israélien commence à parler vraiment de ce que signifie la conscription en temps de guerre.

C'est pourquoi il a fait ce qu'il sait faire mieux que quiconque : ramener l'événement sur le terrain où il est toujours plus fort — celui de la gestion politique.

Dès le XVIe siècle, Machiavel écrivait que le pouvoir politique ne repose pas uniquement sur la maîtrise de la réalité, mais aussi sur la maîtrise de la façon dont le public la perçoit. Pendant des années, Netanyahou a développé une expertise rare en la matière : non pas résoudre les contradictions de la société israélienne, non pas conduire un processus diplomatique ni régler les problèmes en profondeur — mais gérer la manière dont ils apparaissent dans la conscience collective.

Au lieu de parler de l'armée, nous avons parlé de Netanyahou

Prendre une crise de fond et la transformer en une nouvelle épisode tactique (cela vous semble familier ?). Transformer une question fondamentale en question de gestion. Si le débat public était resté concentré sur l'essentiel — le manque de ressources humaines, l'épuisement des réservistes, le nombre invraisemblable de rotations effectuées par les soldats depuis octobre, la question de qui supporte le fardeau et qui en est exempté en temps de guerre — Israël aurait été contrainte de regarder en face l'une des contradictions les plus profondes de sa vie collective. Ce n'était plus une « question ultra-orthodoxe » : c'était une interrogation sur la capacité même de l'État à continuer à exiger le sacrifice collectif de ses citoyens, après une défaillance qui a clairement démontré nos carences en effectifs.

Au lieu de parler de l'armée, nous avons parlé de Netanyahou. Au lieu de parler d'une crise de conscription, nous avons parlé de gestion de coalition. Au lieu de demander si le modèle de service israélien s'effondre, nous avons demandé si les ultra-orthodoxes avaient « plié » — et soudain, tout a de nouveau semblé familier, presque confortable. Encore une manche. Encore un spin. Encore un journal télévisé. Netanyahou a compris que si le débat restait sur la conscription en temps de guerre, c'est un drame national. Si le débat glisse vers la question de la manœuvre politique, ce n'est plus qu'un autre journal télévisé.

Et même en cette veille de fête, au lieu de parler de la guerre contre l'Iran, du Nord en flammes et sans protection, et des pertes militaires quotidiennes au Liban, nous avons eu droit à une nouvelle vidéo de division. Les élections sont déjà là, et l'opposition commence à retrousser ses manches — on peut dire qu'elle fait enfin son travail, et je dirai même plus : sa mission est assez claire.

Les questions fondamentales de sécurité pour l'avenir de l'État d'Israël sont, encore et encore, jetées sous la table par tel ou tel spin politique. Tout ce qui reste pour sauver l'État, c'est de ne pas les laisser se noyer ni tourner en rond. C'est peut-être la tragédie la plus profonde d'Israël depuis le 7 octobre : même lorsque la réalité sécuritaire devient de plus en plus lourde, dangereuse et instable, certains acteurs du système politique continuent de tout traduire dans le langage de la campagne électorale. On peut détourner le débat public — mais on ne peut pas détourner la réalité.