Un mandat qui a répondu aux attentes

Le mandat de Matanyahu Englman a été à la hauteur des espérances — celles de la coalition, s'entend. Il a dissous l'aile chargée des missions spéciales, qui constituait le fer de lance de la lutte pour la probité des mœurs — domaine dont le contrôleur de l'État a la charge en vertu d'une loi fondamentale. Il a publié des rapports de contrôle bienveillants, sans établir de responsabilités, en ménageant particulièrement le Premier ministre Netanyahou. Son insistance à examiner les questions au cœur du massacre du 7 octobre sert la volonté d'empêcher la création d'une commission d'enquête d'État. En termes simples : il faut un contrôleur qui ne revienne pas en arrière.

Qu'il remporte les élections ou qu'il les perde, pour Netanyahou — tant sur le plan personnel que politique — le fait que le contrôleur de l'État dispose légalement d'une série de prérogatives à très long terme revêt une importance au moins égale.

Les déclarations de patrimoine : une mine d'informations précieuses

Commençons par le fait que selon les « Règles de prévention des conflits d'intérêts des ministres et vice-ministres », il est obligatoire de soumettre une déclaration de patrimoine au contrôleur de l'État dans les 60 jours suivant le début du mandat — et, ce qui est plus important pour notre propos, dans les 60 jours suivant la fin du mandat. Les déclarations de patrimoine examinées avec rigueur par le bureau du contrôleur renferment des informations d'une valeur inestimable. C'est ainsi qu'il fut révélé en son temps que Netanyahou détenait des actions d'une société appartenant à son cousin Nathan Milikowsky, qui fournissait des produits en acier à l'entreprise ThyssenKrupp, fabricant des sous-marins.

On comprend dès lors pourquoi Netanyahou peut avoir intérêt à l'identité du prochain contrôleur de l'État, qui recevra ses déclarations de patrimoine.

La commission des autorisations et le financement des partis

Par ailleurs, c'est le contrôleur de l'État qui nomme les membres du « Comité d'octroi des autorisations ». Le comptable agréé Matanyahu Englman s'en est pris, dès le début de son mandat, aux membres du comité qui avaient refusé d'autoriser Netanyahou à accepter des dons de son cousin Milikowsky et de son proche Spencer Partridge, et il a mis fin à leurs fonctions. Leurs successeurs ont naturellement approuvé la demande.

En vertu de la « loi sur le financement des partis », le contrôleur de l'État exerce un contrôle sur les partis politiques et les candidats aux élections. Il vérifie la gestion financière des factions et des partis à la Knesset, aussi bien pendant la période électorale que dans leurs comptes courants. Pour cette mission, il est manifestement avantageux de disposer d'un « homme à soi », ayant accès à des informations sensibles sur les adversaires politiques. Par le passé — et pour des raisons strictement objectives —, des conclusions de contrôle ont d'ailleurs été transmises aux autorités chargées de l'application de la loi, des actes d'accusation ont été déposés et les personnes concernées ont été condamnées.

La Commission électorale centrale dans le viseur

Qui plus est, les contrôleurs de l'État ont coutume d'examiner le fonctionnement de la Commission électorale centrale. Il ne faut pas une imagination débordante pour redouter un rapport de contrôle qui mettrait en cause les activités de la Commission et contribuerait ainsi à une campagne de délégitimation si les résultats électoraux s'avéraient défavorables à la coalition de Netanyahou. Exemple : dans les couloirs du bureau du contrôleur de l'État, nombreux sont ceux qui soupçonnent un motif inavoué derrière le rapport de contrôle intitulé « Aspects de la gestion du capital humain au sein de la Commission électorale de la Knesset », publié en mai 2025 et portant notamment sur la durée du mandat de la directrice générale de la Commission, Me Orly Ades (rapport qui a contribué à sa démission) — se demandant si ce rapport ne visait pas aussi à porter atteinte à la légitimité de la Commission.

Le médiateur des plaintes : un rôle oublié mais décisif

Nombreux sont ceux qui ont oublié, en particulier au cours du mandat actuel, que le contrôleur de l'État est également le « médiateur des plaintes du public ». En cette qualité, sa mission la plus importante est l'octroi d'ordonnances de protection aux lanceurs d'alerte contre la corruption.

Il est difficile d'imaginer qu'un dénonciateur de faits de corruption dans l'entourage personnel ou politique de Netanyahou se voit accorder une ordonnance de protection par un médiateur aussi proche de lui.

Une institution à la limite de l'effondrement

Le prochain contrôleur prendra la tête d'une institution épuisée par l'ère Englman, qui a perdu son prestige et sa stature professionnelle. Un mandat supplémentaire dans la veine d'Englman — voire le surpassant — conduirait le bureau du contrôleur de l'État au bord de l'extinction.

Dans une série de déclarations récentes, Naftali Bennett a adressé des avertissements aux agents et fonctionnaires publics, les prévenant que des conclusions seraient tirées à leur encontre s'il s'avérait qu'ils n'agissaient pas de façon institutionnelle. Cette menace est toutefois sans portée à l'égard du contrôleur de l'État : la loi exige le soutien de quatre-vingt-dix députés pour destituer un contrôleur de son poste. Il n'est pas envisageable qu'une telle majorité soit réunie.

À l'attention des membres de la Knesset, au moment où ils voteront derrière le rideau.

Shlomo Raz, ancien porte-parole du bureau du contrôleur de l'État (2007-2019), journaliste de formation.