Israël observe un silence sur ce sujet, et l'on peut supposer et espérer qu'elle n'a pas l'intention d'adopter l'idée américaine. Les raisons de rejeter cette idée d'emblée sont claires. Les négociations directes entre le Liban et Israël, alors même que les forces de Tsahal sont encore déployées sur le sol libanais, témoignaient du prix que le gouvernement libanais était prêt à payer pour changer l'équation qui prévaut depuis des décennies. Cela n'a pas abouti, pour l'heure, mais une implication syrienne sonnerait le glas de tout espoir d'un Liban souverain et indépendant.
Le régime syrien fait face à des défis considérables dans sa tentative d'étendre son contrôle à l'ensemble du territoire national. Il a certes obtenu une large légitimité internationale grâce à l'accueil chaleureux que lui a réservé le président américain, mais une intervention militaire au-delà des frontières syriennes fragiliserait ses acquis jusqu'à présent et pourrait nuire à la stabilité déjà précaire de la Syrie. Une intervention militaire syrienne remettrait au premier plan l'affrontement sunnite-chiite dans la région, précisément après les changements régionaux prometteurs qui s'y sont produits.
Il n'est pas certain que Washington veuille vraiment dire ce qu'elle dit, et si tel est le cas, il s'agirait d'une erreur colossale qui ferait reculer une partie des gains obtenus dans la région. Il est possible que Washington cherche à faire pression sur Israël pour qu'elle adopte une posture retenue et réfléchie vis-à-vis du Liban — mais il existe assurément des moyens bien plus judicieux d'y parvenir.