Par Lilach Sigan

Des sanctions qui fonctionneraient… si elles étaient maintenues

L'argument officiel avancé est que « les sanctions ne feront enrôler aucun ultra-orthodoxe ». Pourtant, les sanctions économiques seraient parfaitement efficaces si elles étaient appliquées de manière pérenne. Le problème, c'est qu'elles ne fonctionnent pas lorsque l'on a constamment l'impression qu'elles vont bientôt être levées et que le secteur ultra-orthodoxe va « revenir à la normale ». Telle est précisément la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui.

Une opposition qui doit rester éthique et factuelle

Il ne sert à rien de s'énerver ou de rejeter l'ensemble des ultra-orthodoxes. L'opposition à cette loi doit être fondée sur des valeurs et des arguments concrets. Il faut simplement comprendre que les partis ultra-orthodoxes ne peuvent plus, jusqu'à nouvel ordre, continuer à siéger au sein des gouvernements israéliens. Pourquoi ? Parce qu'à chaque fois que le gouvernement traversera une période de faiblesse, ces partis œuvreront vers le même objectif — contraire aux valeurs du sionisme, à la volonté du peuple, et à la façon dont la majorité d'entre nous, en tant que Juifs, conçoit l'étude de la Torah.

Tant que les partis ultra-orthodoxes siégeront au gouvernement, ils feront ce qu'ils ont fait tout au long de la dernière législature : ignorer le fardeau de la guerre, ignorer les exigences de Tsahal, voter en faveur de la poursuite du conflit tout en mobilisant des centaines de milliers d'Israéliens, mais en insistant pour que le centaine de milliers de jeunes en âge de servir dans le secteur ultra-orthodoxe ne partagent pas ce fardeau — qu'ils étudient la Torah ou non.

Le Likoud et le Sionisme religieux entre deux feux

Au sein du Likoud et du Sionisme religieux, il est difficile de jongler entre la volonté politique de préserver le « bloc » et la conscience que cela constitue une ligne rouge pour de nombreux électeurs. C'est pourquoi l'on tente de justifier cette manœuvre en affirmant que « Gantz aussi avait dit qu'il donnerait carte blanche aux ultra-orthodoxes », ou que « l'opposition aussi accepterait de tout accorder aux ultra-orthodoxes pour former un gouvernement ».

Trois conclusions à ne jamais oublier

Face aux tentatives de brouiller une réalité pourtant évidente à grand renfort de bruit, trois conclusions s'imposent.

La première : il vaut mieux soutenir celui qui déclare d'emblée qu'il n'acceptera aucune version d'une loi sur la dérobade au service militaire, plutôt que celui qui est prêt à en signer une dès maintenant. Qui souhaite résoudre une bonne fois pour toutes cette lourde anomalie du partage du fardeau national ferait bien d'accorder sa confiance politique à celui qui s'engage au moins à œuvrer pour un service égal pour tous, y compris les ultra-orthodoxes et les Arabes.

La deuxième : le prochain gouvernement doit être un gouvernement mixte de droite-centre, sans partis ultra-orthodoxes et sans partis arabes. Il n'y a pas d'autre issue : pour démêler cet imbroglio, il faut se séparer des « blocs ».

La troisième : l'étude de la Torah est bien une valeur à respecter dans l'État juif. Mais plutôt qu'une loi, il faudrait peut-être graver dans nos esprits les vraies valeurs de la Torah pour que l'on ne nous fasse pas tourner en bourrique. Rabbi Akiva a dit que toute la Torah se résume à : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Où exactement retrouve-t-on ce principe dans la loi fondamentale des partis ultra-orthodoxes ? Un autre principe fondamental veut que la derekh erets — la conduite morale — précède la Torah. Le Rav Ovadia Yossef lui-même interprétait : « Si l'honnêteté ne gouverne pas les relations entre les hommes, il n'y a pas de Torah. » Honorer la Torah signifie, avant tout, agir avec intégrité.