Vingt ans après le désengagement, des colons reviennent au cœur du continuum de vie palestinien en Cisjordanie. Le gouvernement de Benyamin Netanyahou et Bezalel Smotrich a abrogé la loi sur le désengagement en Cisjordanie dès son entrée en fonctions, ouvrant ainsi la voie au retour des colonies évacuées. Homesh et Sa-Nur sont déjà repeuplées ; Ganim et Kadim sont en chemin. Mais ce n'est pas tout. Le gouvernement a déjà approuvé 14 colonies supplémentaires dans la région.
Ces 18 colonies sont implantées à des points stratégiques, sur un territoire où vivent 720 000 Palestiniens, qui n'avaient presque pas vu d'Israéliens depuis vingt ans.
Comme l'a révélé l'enquête, le retour israélien dans la région implique un afflux de forces militaires, la construction de bases pour protéger les colonies, le tracé de routes, la confiscation de terres et l'intimidation des Palestiniens. Au moins cinq bases ont été établies ou sont en cours de construction à proximité des colonies, et Tsahal s'est installé dans trois camps de réfugiés, dans le cadre de ce qui était présenté au départ comme une opération antiterroriste. Les forces n'ont pas encore quitté ces camps, et des dizaines de milliers de Palestiniens ont été déplacés de chez eux.
Ce retour dans le nord de la Cisjordanie recèle un potentiel explosif. Ce n'est qu'une question de temps : lorsqu'un colon sera blessé, l'armée répondra avec une main de fer contre la population civile, et toute la région sera aspirée dans une spirale de violence. Des officiers supérieurs ont confié à Haaretz que l'échelon politique n'a presque pas consulté en profondeur l'armée sur les implications opérationnelles du retour des colonies dans la région — précisément à une période où Tsahal est déjà étiré à l'extrême sur de nombreux fronts.
La révolution dans le nord de la Cisjordanie est le fruit d'un effort de longues années, qui a conduit les représentants des colons — à leur tête l'architecte du « plan de la décision » Smotrich — à des postes clés au sein du gouvernement. Mais il ne s'agit pas seulement des colons. Avec le soutien des ministres du Likoud, le gouvernement de droite radicale exploite la guerre pour faire reculer l'Histoire.
Les acteurs impliqués dans le projet de retour au nord de la Cisjordanie savent que ce « miracle » pourrait être stoppé, ou du moins ralenti, en cas d'alternance politique en Israël. C'est pourquoi ils s'efforcent d'établir le plus possible de faits sur le terrain avant les prochaines élections. Ces élections sont donc cruciales pour l'avenir d'Israël. Elles décideront si le pays s'enfonce davantage dans les processus dangereux en cours — annexion, apartheid, terrorisme juif, kahanisme et ostracisme international d'Israël — ou si un gouvernement sera élu qui comprendra que la seule façon de sauver Israël passe par le démantèlement de l'entreprise coloniale et par un effort diplomatique pour mettre fin à la domination militaire sur les Palestiniens et résoudre le conflit.
C'est l'un ou l'autre : l'État d'Israël ou l'entreprise des colonies.