On a déjà dit suffisamment de choses sur la vidéo humiliante que Netanyahou a partagée la veille de la fête de Shavouot. Sur le cynisme, sur la tentative de transformer la politique en télé-réalité, sur l'usage le plus bas et le plus clivant qui soit pour grappiller quelques applaudissements supplémentaires de son camp. Tout le monde en a parlé, tout le monde s'est disputé à ce sujet — inutile donc que je plonge moi aussi dans ce bain de boue.
C'est précisément la réaction d'Eisenkot qui m'a fait comprendre que le problème est bien plus grand que la vidéo elle-même. Car en l'espace de quelques heures, nous étions déjà tous plongés dans une nouvelle guerre de vidéos stupide. L'un poste une vidéo, l'autre répond par une vidéo, un camp applaudit, l'autre s'indigne, et l'algorithme fait la fête. Eisenkot a riposté avec une vidéo tournant en dérision celle de Netanyahou. Ne vous méprenez pas : une vidéo percutante, parfaitement adaptée au paysage d'aujourd'hui. Mais c'est précisément là que réside le problème.
Autrefois, la politique était censée être un débat sur une vision. Sur une idéologie. Sur des solutions. J'ai la nostalgie de l'époque des autocollants qui parlaient au moins de sécurité et d'économie, des spots électoraux qui traitaient du fond. Aujourd'hui, tout ressemble à une guerre de mèmes sans fin. Qui a insulté le mieux ? Qui a piqué le plus fort ? Qui a gagné le fil d'actualité ?
Pendant ce temps, la vie réelle continue de s'effondrer. Car Israël en 2026 n'a pas besoin d'une nouvelle vidéo virale. Elle a besoin que quelqu'un lui parle enfin de sa vie quotidienne.
De la caisse du supermarché qui oblige les gens à prendre une grande inspiration avant de passer leur carte bancaire. Des jeunes couples qui ne rêvent plus d'acheter un appartement mais simplement de ne pas sombrer dans le rouge. Des parents qui passent plus de temps dans les embouteillages qu'avec leurs enfants. Des hôpitaux débordés au point que les patients sont hospitalisés dans les couloirs comme si c'était une normalité acceptable. Israël a besoin qu'on lui parle de sa sécurité. Du Nord qui ne s'est pas encore vraiment remis. Du Sud qui vit d'une escalade à l'autre. Des rues devenues plus violentes. De la criminalité qui fait rage. Des réservistes épuisés depuis près de trois ans consécutifs, pendant que l'État se querelle sur X.
Mais au lieu de parler de tout cela, on nous sert encore une vidéo satirique, encore une image IA grotesque, encore une guerre puérile entre des camps politiques qui se comportent comme s'ils participaient à une émission de téléréalité plutôt qu'à la gestion d'un État.
Autrefois, la politique était censée être un débat sur une vision. Sur une idéologie. Sur des solutions. J'ai la nostalgie de l'époque des autocollants qui parlaient au moins de sécurité et d'économie, des spots électoraux qui traitaient du fond. Aujourd'hui, tout ressemble à une guerre de mèmes sans fin. Qui a insulté le mieux ? Qui a piqué le plus fort ? Qui a gagné le fil d'actualité ?
Et le plus triste ? Ça fonctionne déjà. Nous nous y sommes habitués. Habitués à l'absence de programme, de profondeur, de vraie conversation sur ce à quoi la vie ici devrait ressembler dans cinq ans.
Alors oui, la saison du grand bain est ouverte. Sauf qu'au lieu d'eau, nous nous noyons dans toujours plus de spin. Et Israël n'a pas besoin d'une nouvelle vidéo en ce moment. Elle a besoin d'un leadership capable de lui parler vraiment, concrètement. Parce qu'au bout du compte, nous ne vivons pas dans un Reel. Nous vivons ici, pour de vrai.