Un tournant en 2019
L'année 2019 constitue également un point d'inflexion en matière de fécondité en Israël — la plus élevée parmi les pays de l'OCDE. Depuis cette date, on observe un léger recul du taux de fécondité, passé d'environ 3,1 enfants par femme à 2,9 en 2024. Ces prémices de changement reflètent avant tout une baisse de la fécondité des femmes juives, tandis que celle des femmes arabes est en diminution continue depuis plusieurs décennies.
Un solde migratoire désormais négatif
Le changement le plus significatif réside peut-être dans les dynamiques migratoires. D'État d'immigration par excellence, Israël est devenu ces dernières années un pays affichant un solde migratoire négatif. En 2023-2024, quelque 90 000 Israéliens ont quitté le pays net, sans que l'alyah ait pu compenser ces départs. En 2024, le taux d'émigration était 3,5 fois supérieur au taux de retour, témoignant d'un changement profond des comportements migratoires par rapport à la décennie précédente. Les données préliminaires de 2025 ne sont guère encourageantes et confirment la poursuite de cette tendance.
Un ralentissement de la croissance démographique sans précédent
Cette perturbation démographique touche chacun des processus fondamentaux, et leur convergence produit des transformations de grande portée. Depuis le début des années 2000, la population israélienne croissait à un rythme proche de 2 % par an. En raison du léger repli de la fécondité, et surtout du retournement spectaculaire des flux migratoires, ce rythme est tombé à environ 1 % seulement lors de l'année écoulée. Une croissance démographique rapide n'est pas une fin en soi — certains y voient même un défi majeur pour Israël à long terme. Quoi qu'il en soit, il s'agit d'un changement démographique sans précédent dans l'histoire du pays. L'avenir dira s'il s'agit d'un épisode exceptionnel et passager ou du début d'une mutation en profondeur.
Des implications pour toute la société
Quelle direction prend la population israélienne ? Cette question ne se cantonne pas à un débat académique entre une poignée de démographes. Elle se pose directement aux décideurs politiques et ses implications sont considérables : niveau de vie, résilience nationale et planification à long terme en dépendent. Le nombre d'élèves dans le système éducatif, les engagements de la Sécurité sociale, la demande de logements, la pression sur le système de santé et sur les systèmes écologiques — tout cela est tributaire de tendances démographiques qui se révèlent de moins en moins prévisibles en Israël.
Les projections démographiques reposent généralement sur les tendances passées du pays concerné, et parfois sur l'expérience d'États comparables. Prévoir l'évolution de la population israélienne a toujours été une tâche complexe, car il s'agit d'une population hétérogène, dotée d'une histoire relativement courte et d'un profil démographique unique au monde. En réalité, Israël ressemble aux pays du bassin méditerranéen par ses indicateurs de santé et de mortalité, aux monarchies du Golfe par sa politique migratoire, et se distingue seul au monde par son taux de fécondité rapporté à son niveau de revenus.
Ce profil démographique singulier a toujours rendu difficile le transfert de conclusions tirées d'autres pays vers le cas israélien. La perturbation démographique des dernières années, qui affecte chacun des processus fondamentaux, complique encore davantage l'élaboration de projections fiables. Comprendre les schémas démographiques en train de se transformer sous nos yeux constitue un défi à la fois scientifique et pratique, qu'il convient d'élever au rang de priorité nationale.