Précisément parce que le problème est réel, la solution d'une interdiction générale reste une réponse éducative insuffisante.

Le système éducatif n'est pas censé élever des enfants dans un monde stérile, exempt de tentations, d'écrans et de distractions. Il est censé les préparer au monde dans lequel ils vivent aujourd'hui, et à celui dans lequel ils vivront en tant qu'adultes. Sa mission est aussi de les former au marché du travail de demain et à la réalité de la vie adulte. Et cette réalité, chacun le sait, inclut le téléphone portable.

Le téléphone se trouve dans la poche des parents, des enseignants, des salariés, des cadres, des soldats, des étudiants et des chefs d'entreprise. Il y a longtemps que ce n'est plus un jouet. C'est une infrastructure de vie. Qui plus est, les élèves voient leurs parents et leurs frères et sœurs utiliser leur téléphone à la maison, librement, pendant leur temps libre. La question n'est donc pas de savoir si le téléphone existe. Il existe. La question est de savoir si le système éducatif enseignera un usage réfléchi, équilibré et responsable, ou s'il préférera le désigner comme un ennemi à bannir de l'enceinte scolaire.

En ce sens, une interdiction générale ressemble davantage à une panique morale qu'à une politique éducative. À chaque génération, une nouvelle technologie suscite l'angoisse : la télévision, les jeux vidéo, Internet, les réseaux sociaux, et maintenant le smartphone. L'argument est toujours le même : la nouveauté détruit les enfants. La solution proposée est toujours la même : éloigner, bloquer, interdire. Mais une bonne éducation ne fuit pas la réalité. Elle la confronte.

À chaque génération, une nouvelle technologie suscite l'angoisse : la télévision, les jeux vidéo, Internet, les réseaux sociaux, et maintenant le smartphone. L'argument est toujours le même : la nouveauté détruit les enfants. La solution proposée est toujours la même : éloigner, bloquer, interdire.

À chaque génération, une nouvelle technologie suscite l'angoisse : la télévision, les jeux vidéo, Internet, les réseaux sociaux, et maintenant le smartphone. L'argument est toujours le même : la nouveauté détruit les enfants. La solution proposée est toujours la même : éloigner, bloquer, interdire.

Le problème n'est pas l'existence du téléphone en soi. Le problème, c'est l'usage excessif, incontrôlé et inconscient. Il y a une différence entre un élève qui fait défiler des contenus à l'infini pendant un cours, et un élève qui apprend à utiliser son téléphone comme outil d'apprentissage, de photographie, de recherche, de gestion du temps, de communication et de consommation critique de l'information. Il y a une différence entre addiction et littératie numérique. Et c'est précisément là qu'intervient le rôle du système éducatif.

Peut-être, et seulement peut-être, pourrait-on éduquer les élèves à faire ce que l'enseignant indique. Parfois le téléphone est dans le sac. Parfois il est en main pour une tâche pédagogique. Parfois il n'est autorisé qu'à la récréation. Parfois il n'a pas sa place dans le cours. Cela peut sembler presque révolutionnaire, mais cela s'appelle de l'éducation : adapter l'outil à l'objectif, respecter l'autorité, comprendre le contexte, se maîtriser et assumer ses responsabilités.

À l'école comme à la maison

Tout comme à la maison, lors d'un repas en famille, le téléphone glisse dans la poche — non parce qu'il est mauvais, mais parce que la situation exige présence, attention et respect —, il en va de même à l'école. Une partie de l'apprentissage consiste à comprendre un lieu, un espace et un contexte. Il y a un temps pour parler, un temps pour apprendre, un temps pour être avec ses amis, et un temps pour poser l'écran de côté. C'est précisément ce qu'on appelle éduquer à la gratification différée, à la modération et à l'adaptation du comportement à la situation.

Plutôt qu'une interdiction générale, il faut enseigner les limites. Quand le téléphone aide et quand il gêne. Quand un échange en ligne bascule dans la violence. Ce qu'est un temps d'écran raisonnable. Comment identifier une fausse information. Comment protéger sa vie privée. Comment comprendre la différence entre lien virtuel et rencontre humaine. Comment utiliser la technologie sans se laisser utiliser par elle.

Par ailleurs, se pose la question de l'application. Le président de l'organisation des enseignants, Ran Erez, a déjà soulevé le problème : qui exactement fera respecter la consigne ? Les enseignants ? Les directeurs d'établissement ? Et que se passe-t-il lorsqu'un élève refuse de remettre son téléphone ? Quels moyens réels un enseignant dispose-t-il face à un élève qui s'entête ? Une règle qui ne peut être appliquée de manière cohérente n'affermit pas l'autorité. Elle l'affaiblit.

Il faut également rappeler que dans de nombreux établissements du primaire, des règles de non-utilisation du téléphone existent déjà. Plutôt qu'une annonce fracassante, il serait peut-être plus judicieux de laisser cette culture se développer progressivement avec les élèves au collège et au lycée, en élargissant la responsabilité individuelle, et pas seulement les interdictions.

La bonne éducation n'est pas une éducation à l'absence de tentation. C'est une éducation à la modération. Elle enseigne qu'il existe une différence entre usage et addiction, entre disponibilité et servitude, entre outil et substitut à la vie.

L'éducation opère toujours dans un espace où les tentations existent. Son rôle n'est pas de les faire disparaître, mais d'apprendre aux élèves à distinguer l'essentiel de l'accessoire, à différer les gratifications, à penser par eux-mêmes plutôt que de suivre le troupeau, à cultiver la modération, l'écoute de l'autre et la maîtrise de soi. C'est pourquoi, plutôt qu'interdire la réalité, le système éducatif doit faire ce qu'il est censé faire : éduquer à cette réalité.