Cela commence par un cheminement personnel, individuel, étape après étape d'une progression intérieure. Mais cela se prolonge dans un mouvement collectif et national qui place tout un peuple au pied de la montagne. C'est là, au bas du mont, que se révèle l'humilité — et c'est alors que le cœur s'ouvre, permettant, malgré de profondes différences, de se tenir ensemble. C'est précisément ce moment où l'on reçoit la Torah. Dans la description de la révélation du mont Sinaï dans le livre de l'Exode, il est écrit : « Et Israël campa là, en face de la montagne ». Rachi interprète cet instant comme un moment rare où tout le peuple mit ses querelles de côté — « comme un seul homme, d'un seul cœur ». En tous les autres endroits, précise Rachi, il est écrit « ils campèrent » — dans la discorde et la contestation — décrivant ainsi une situation qui nous est familière jusqu'à ce jour.
Au cours des deux années et demie écoulées, nous avons souvent perçu quelque chose de la puissance de ce moment rare : se tenir ensemble, sentir la force que cela procure, mesurer l'impact considérable que cela peut engendrer. Malheureusement, l'histoire a démontré qu'il est difficile de maintenir cette unité dans la durée. La guerre interminable, et surtout les élections qui approchent, effilochent brutalement ce qui avait été tissé ici ensemble, dans la douleur et l'espoir.
La veille de Chavouot est pour nous l'occasion de choisir de nous arrêter un instant au pied de la montagne, de se regarder avec humilité, d'adopter un regard un peu plus bienveillant et de chercher ce qui nous unit.
La veille de Chavouot est pour nous l'occasion de choisir de nous arrêter un instant au pied de la montagne, de se regarder avec humilité, d'adopter un regard un peu plus bienveillant et de chercher ce qui nous unit.
Au fil des années, et surtout depuis la création de l'État, cette fête — qui symbolise plus que toute autre la puissance de l'unité du peuple juif — s'est scindée en deux célébrations distinctes : la fête du Don de la Torah et la fête des Prémices, chaque groupe se concentrant sur ce qui lui est cher. Cette fracture, qui n'a cessé de s'approfondir, a engendré une rupture immense qui nous accompagne encore aujourd'hui. Il y a ceux qui lèvent les yeux uniquement vers le ciel, ignorant que pour vivre ici, en cette terre, il faut aussi se battre pour elle, labourer et planter, développer une économie, une industrie, une médecine — car la Torah que nous avons reçue est une Torah de vie, qui relie la terre au ciel, et qui attend de chaque membre de notre peuple qu'il se lève pour défendre sa maison. Et il y a ceux qui, à force de travailler la terre, ont oublié qu'il faut parfois aussi lever les yeux vers le haut et comprendre que si nous sommes précisément ici, dans cette terre en fleur et en plein essor, encerclés de déserts et d'ennemis nombreux, c'est parce que nous ne sommes pas un peuple comme les autres, et que nous avons une vocation que nous ne pouvons ignorer.
La puissance de l'unité qui conjugue le Don de la Torah et la fête des Prémices a fait jaillir une terre ruisselant de lait et de miel. Elle continuera d'être telle, et même davantage, à condition que nous sachions ne permettre à personne d'en défaire le tissu et d'en corrompre l'esprit commun. La veille de Chavouot est pour nous l'occasion de choisir de nous arrêter un instant au pied de la montagne, de se regarder avec humilité, d'adopter un regard un peu plus bienveillant, de chercher ce qui nous unit, d'être un peu plus patients et de réfléchir à notre propre part dans la division — et, à partir de là, à ce que nous devons réparer pour être « comme un seul homme, d'un seul cœur ». Voilà le tikkoun profond de la fête de Chavouot.