La grande question : dans cinq ou dix ans
La grande question est de savoir ce qui se passera dans cinq ou dix ans. Obtiendrons-nous un Iran bridé, concentré sur son développement économique et sa reconstruction civile ? Ou découvrirons-nous que l'Occident a offert au régime des ayatollahs un précieux temps de récupération, au terme duquel il reviendra plus puissant, plus riche et plus dangereux ? Ce n'est pas là une question théorique. L'histoire du Moyen-Orient regorge de cas où une victoire tactique a engendré un échec stratégique.
La leçon est claire : il est facile de renverser un régime. Il est bien plus difficile de construire un ordre stable à sa place. C'est pourquoi quiconque estime que la solution à la menace iranienne passe par un changement de régime doit également répondre à la question de ce qui viendra ensuite. Rien ne garantit que la chute des ayatollahs engendrera une démocratie libérale à l'occidentale. L'Iran est un État complexe, pluriethnique, traversé de multiples courants et de centres de pouvoir concurrents. Un changement de régime pourrait conduire à une modération, mais aussi à de violentes luttes de succession ou à l'émergence de forces encore plus extrémistes. C'est pourquoi l'objectif juste pour les années à venir n'est peut-être pas nécessairement un changement de régime, mais bien un changement de son comportement.
Les outils à mobiliser : dissuasion et pression
C'est ici qu'entrent en jeu les leviers qu'Israël, les États-Unis et leurs partenaires régionaux doivent actionner. Le premier outil est une puissance militaire crédible. Le régime de Téhéran doit savoir que, même après l'accord, des lignes rouges claires existent. Toute tentative de relancer le programme nucléaire, toute reconstruction significative du dispositif de missiles ou toute extension des activités des mandataires devront se heurter à une réponse ferme et rapide. L'expérience enseigne que les régimes révolutionnaires ont tendance à tester les limites. Une dissuasion non soutenue par une capacité d'action réelle s'érode rapidement.
En d'autres termes, l'objectif n'est pas seulement d'empêcher l'Iran de se doter de la bombe, mais de rendre le choix de l'escalade non rentable sur les plans économique, diplomatique et stratégique.
Parallèlement à ces deux outils, Israël doit poursuivre la construction de l'architecture régionale née ces dernières années. Les États arabes modérés n'ont pas à devenir des alliés à part entière, mais ils partagent un intérêt commun évident : empêcher le retour de l'Iran à l'hégémonie régionale. Plus se développera un espace régional fondé sur des intérêts économiques, une coopération sécuritaire et des équilibres des forces, moins il sera probable qu'un seul acteur domine l'ensemble du Moyen-Orient — ou le menace.
La vraie mission : prévenir la guerre de demain
En définitive, l'accord en cours d'élaboration peut constituer une réalisation diplomatique importante. Il peut acheter un temps précieux. Mais il serait erroné de croire qu'il clôt l'histoire. Du point de vue d'Israël, si la composante nucléaire a effectivement été neutralisée, la campagne n'est pas terminée — le premier chapitre s'est achevé et la lutte entre dans sa phase suivante.
Le grand défi de la prochaine décennie ne sera pas de savoir comment empêcher l'accord, mais comment s'assurer que le temps qu'il accorde à l'Iran serve à infléchir sa trajectoire plutôt qu'à un réarmement. Telle sera la véritable mission d'Israël, des États-Unis et de quiconque aspire à un Moyen-Orient plus stable. Non pas remporter la guerre d'hier — mais prévenir la guerre de demain.