Dans le réseau des observatrices, on l'appelait « Pitossi ». C'était un terroriste du Hezbollah qui apparaissait en face de nous, jour après jour, nous filmant pendant que nous tenions la ligne à la frontière libanaise. Je me souviens avoir demandé l'autorisation de tirer sur lui, et la réponse du commandement était claire : « Il est interdit de tirer, c'est un opérateur connu. » Mais ce n'était pas le pire. Quatre mois avant le massacre, nous avons vu de nos propres yeux comment le Hezbollah dressait des tentes en plein territoire souverain de l'État d'Israël — et nous ? Nous avons reçu l'ordre de contenir et de nous taire. Ce fut le moment où j'ai compris que quelque chose s'était fissuré dans les fondements mêmes de notre sécurité nationale. L'ennemi avait été transformé en voisin autorisé à nous observer, à nous étudier, à planifier sa prochaine offensive, tandis que nous étions ligotés par des définitions de « calme fictif ».

Un reflet d'une conception erronée

Cette situation absurde à la frontière Nord n'était pas fortuite. Elle était le reflet d'une conception erronée : l'idée qu'il est possible de « gérer » et de contenir le terrorisme. Le Hezbollah a transformé le sud du Liban en territoire souverain à sa main, et il ne s'est pas contenté de s'armer ; il s'est retranché et a attendu le jour J. Il existe une maxime célèbre de Clausewitz : « La ligne de contact sera toujours percée. » C'est une loi d'airain. Tant que l'ennemi est assis sur notre clôture, la question n'est pas de savoir s'il percera, mais seulement quand. Le massacre dans les localités de l'Otef nous a appris qu'il n'existe pas de « calme » face aux organisations terroristes ; il y a soit la containment, soit la décision définitive.

Le week-end dernier, l'État d'Israël a signé un accord avec le gouvernement libanais. C'est certes une étape importante, mais il serait irresponsable d'ignorer la réalité. Toute décision accordant le contrôle d'un territoire à l'armée libanaise rapproche le Hezbollah de la frontière d'Israël et prépare un nouveau 7 octobre, cette fois au Nord.

Seul Tsahal peut protéger les citoyens israéliens

Alors, quelle est la solution ? Le seul acteur qui peut et doit protéger les citoyens israéliens, c'est Tsahal — et nul autre. Comment ? Par le territoire. La seule façon d'apporter la paix et la prospérité au Nord est d'éloigner tous les Libanais de la frontière d'Israël, au moins jusqu'au Litani. Peu importe qu'ils portent l'uniforme du Hezbollah ou de l'armée libanaise, peu importe qu'ils soient chiites, sunnites, chrétiens ou autre. Nous appartenons à la génération de la victoire. Nous comprenons qu'il faut s'assurer que le Nord ne devienne pas une nouvelle bande de Gaza. Il est donc nécessaire d'établir un nouveau fait politico-sécuritaire : une zone tampon stérile jusqu'au Litani. Il est temps d'agir de manière permanente pour transformer la réalité.

Deux décisions courageuses

L'objectif n'est pas de créer une nouvelle « bande de sécurité » comme autrefois, mais de produire un véritable espace stérilisé. Pour transformer cet espace en bouclier réel, deux décisions courageuses s'imposent :

L'heure d'agir

Nous ne pouvons pas continuer à vivre dans une réalité où l'initiative appartient à l'ennemi. Notre mission est de cesser de réagir aux menaces et de commencer à façonner une réalité dans laquelle l'ennemi ne s'approchera jamais de notre clôture. Le moment d'agir, c'est maintenant. La fenêtre d'opportunité se referme, et chaque action non entreprise aujourd'hui, nous la paierons demain du sang de nombreux soldats. Il est temps de cesser de lier les mains de nos combattants et d'ordonner à Tsahal d'établir la zone tampon qui constituera la frontière d'Israël pour les cent prochaines années. Il est temps de cesser de s'illusionner avec des arrangements fragiles. Une zone tampon, stérile, absolue — voilà la clé de la victoire.