Le défi central : anticiper les menaces de demain

Le défi principal du Mossad n'est pas de vaincre les ennemis d'hier — domaine dans lequel il a déjà démontré des capacités exceptionnelles —, mais d'identifier les menaces de demain avant qu'elles ne nous identifient. La plupart des surprises stratégiques dans l'histoire ne sont pas survenues parce que des États ont échoué à faire face à la menace précédente, mais parce qu'ils ont supposé que la menace suivante lui ressemblerait exactement. C'est pourquoi la question la plus importante qui se pose aujourd'hui n'est pas comment améliorer le Mossad tel qu'il est, mais quel Mossad l'État d'Israël devra-t-il avoir dans vingt ans pour garantir sa sécurité.

La légitimité d'Israël comme actif sécuritaire

Pendant de nombreuses années, la bataille pour le statut d'Israël dans le monde a été perçue comme un domaine secondaire — on l'appelait parfois « hasbara » (diplomatie publique) ou « conscience ». Cette conception ne correspond plus à la réalité complexe d'aujourd'hui. Israël possède des atouts militaires, économiques et technologiques, mais aussi un actif stratégique supplémentaire : la légitimité internationale de son existence en tant qu'État-nation du peuple juif. Le danger central aujourd'hui n'est pas l'antisémitisme en tant que tel, mais la propagation accélérée de mouvements et d'idées cherchant à remettre en question le droit même d'existence de l'État.

Si, à terme, des universités, des organisations internationales, des entreprises technologiques et les jeunes générations en Occident adoptent des conceptions qui mettent en doute le droit d'Israël à exister, il s'agit d'une menace stratégique de premier ordre. Car un État qui perd la légitimité de son existence perd progressivement aussi sa capacité à mobiliser ses autres atouts. Depuis le 7 octobre, nous avons été confrontés à l'ampleur du phénomène : il est apparu clairement que la guerre ne se joue pas seulement sur le terrain et par la force, mais aussi sur les récits et sur la question de qui est perçu comme juste et qui comme illégitime.

La transition vers l'analyse des systèmes et de l'influence globale

Pendant des années, nous avons traité la délégitimation d'Israël comme un problème de communication, alors qu'il s'agit en réalité d'un système mondial d'influence, de financement, d'organisations et de plateformes. Perçue sous cet angle, elle ressemble beaucoup plus à un problème de renseignement qu'à un problème médiatique. Nos ennemis l'ont compris depuis longtemps ; ils n'agissent pas uniquement par missiles et terrorisme, mais à travers des réseaux d'influence, des organisations-écrans et des campagnes numériques coordonnées. L'État d'Israël ne peut se permettre de continuer à considérer cette bataille comme un simple théâtre secondaire.

Le Mossad a été bâti dans un monde où les centres de pouvoir étaient clairs : gouvernements, armées et organisations terroristes. Dans ce monde-là, la mission de renseignement se concentrait sur l'identification des individus et le recrutement de sources. Mais le monde nouveau est plus complexe : des entreprises technologiques privées influencent l'opinion de milliards de personnes, et des algorithmes déterminent quelles idées recevront une résonance. L'objet du renseignement change — le renseignement n'est plus seulement requis pour comprendre des individus et des organisations, mais aussi des réseaux, des algorithmes et des systèmes complexes dans lesquels le pouvoir est diffus et dissimulé.

La révolution de l'intelligence artificielle

Au-dessus de tous ces changements plane la révolution de l'intelligence artificielle. En l'espace de quelques années, elle devrait transformer le monde du renseignement comme Internet l'a transformé il y a une génération. Elle permettra d'identifier des schémas cachés dans des masses d'informations colossales, mais elle permettra aussi à nos ennemis de produire des opérations d'influence à une échelle autrefois réservée aux grandes puissances. L'avantage dans le renseignement du futur sera donc aussi déterminé par la capacité à opérer au sein de systèmes complexes avec rapidité et précision. Parallèlement, la surveillance des flux de capitaux devient tout aussi importante que la surveillance des individus, car l'argent est le système sanguin du pouvoir.

Précisément dans un monde où tous rivalisent pour capter l'attention, le Mossad dispose d'un avantage particulier s'il continue à se concentrer sur sa mission plutôt que sur son image. L'une des sources historiques de la force de l'organisation a été la combinaison entre audace opérationnelle et discrétion publique — l'ambiguïté n'était pas une faiblesse, mais un atout. Plus l'organisation sera jugée sur ses résultats plutôt que sur sa présence médiatique, plus le risque de politisation diminuera et plus la liberté d'action professionnelle s'élargira, lui permettant d'œuvrer dans l'ombre au service de la sécurité de l'État.

Quatre questions fondamentales pour l'avenir de l'organisation

Si j'étais assis autour de la table du groupe de réflexion, je proposerais d'examiner quatre questions stratégiques :

Pendant des décennies, le Mossad s'est distingué par sa capacité à infiltrer des organisations et à localiser des individus hostiles. Son prochain défi sera de comprendre les systèmes mondiaux et les réseaux d'influence complexes. Il devra aussi protéger les conditions qui permettent à l'État d'exister et de prospérer dans un monde en mutation. Si le groupe de réflexion parvient à aider le Mossad à opérer cette transition, il influencera la résilience et l'avenir de l'ensemble de l'État d'Israël.