Les finalités stratégiques des éliminations ciblées

Les neutralisations et éliminations ciblées poursuivent plusieurs objectifs au-delà du sentiment de vengeance (« œil pour œil »). En premier lieu, elles visent à créer une dissuasion et à faire naître chez l'adversaire la conviction qu'il n'existe aucune immunité personnelle pour les planificateurs, les financeurs et les exécutants.

Ces actions provoquent également une perturbation des capacités de l'organisation et une atteinte à la chaîne de commandement, au savoir-faire opérationnel, aux réseaux et aux processus de planification. Le professeur Boaz Ganor, président de l'Université Reichman et fondateur de l'Institut international de lutte contre le terrorisme, a formulé l'équation selon laquelle, pour réduire le terrorisme, il faut à la fois affaiblir les capacités de l'organisation terroriste et abaisser sa motivation. Les éliminations ciblées agissent précisément sur ces deux leviers.

Un autre effet exercé sur les cibles désignées est la création d'une anxiété et d'une paranoïa constantes, qui contraignent l'individu visé à consacrer son énergie à se cacher, à changer de téléphone, à déménager, à vérifier les loyautés de son entourage, et ainsi de suite.

Les neutralisations permettent également de gagner du temps en ralentissant la préparation d'attentats ou d'opérations, ce qui peut pousser l'ennemi à commettre des erreurs et à exposer ainsi l'ensemble de son infrastructure.

Elles génèrent une dégradation de la motivation à tous les échelons de l'organisation et parmi ses militants, en particulier aux niveaux intermédiaires et chez ceux dont la motivation économique l'emporte sur la conviction idéologique.

Les éliminations ciblées produisent également un « éveil du renseignement » dans les cercles proches de la cible éliminée, contribuant ainsi à une collecte indirecte de renseignements : parfois, la réaction à une neutralisation révèle des connexions, des infrastructures et des individus jusque-là inconnus. Elles envoient enfin un message symbolique, tant en interne qu'à destination de l'ennemi et du grand public : « Nous agissons et nous atteignons partout. »

Les risques et les limites de cette approche

Mais comme tout modus operandi, cette stratégie comporte également des coûts et des risques. Le premier et le plus important est l'escalade du conflit, la tentation de représailles et la transformation des individus éliminés en symboles et en héros.

Sur le plan de la légitimité internationale, des dommages d'image sont possibles auprès d'audiences étrangères qui perçoivent ces opérations comme une méthode non conventionnelle, surtout lorsqu'une élimination cause accidentellement des victimes civiles — ce qui est assez fréquent, la plupart des personnes recherchées s'entourant délibérément d'individus servant de « boucliers humains ».

D'un point de vue stratégique, une politique exclusivement fondée sur les éliminations ciblées ne « remporte » presque jamais à elle seule un conflit. Elle constitue généralement un outil parmi d'autres dans une campagne visant à exercer une pression militaire, à collecter du renseignement, à influencer les consciences et à obtenir des gains politiques.

Bilan récent et perspectives

Au cours des trois dernières années, l'ensemble des dirigeants de l'« axe du mal » ont été éliminés, et d'autres ont « chaussé leurs bottes » pour leur succéder. Les positions des organisations concernées n'ont pas changé, et les successeurs ont eux-mêmes fini par être rattrapés par le règlement de comptes.

Récemment, le chef du Hamas à Gaza, Izzedine Al-Haddad, a été éliminé en raison de son implication dans le 7 octobre en général, et de son traitement des otages en particulier. Il était par ailleurs le principal opposant au plan en 20 points de Trump et au démantèlement du Hamas. La question se pose désormais : son départ de la scène gazaouie permettra-t-il de faire avancer la mise en place d'un gouvernement alternatif dans l'enclave et le désarmement du Hamas ? L'avenir le dira.

Sur le front iranien également, la direction est en proie à des dissensions. Le fils du Guide suprême, Mojtaba Khamenei — pressenti comme son héritier — se cache pour ne pas finir comme son père Ali, et comprend que la menace est bien réelle.

À mon sens, la menace d'élimination, combinée à l'absence d'avancées dans les négociations et, dans le même temps, à la promesse d'une sorte de « garantie » en cas d'accord avec les États-Unis, pourrait constituer un levier de pression significatif face à l'Iran dans le cadre des négociations en cours.

Colonel (res.) Doron Hadar, ancien commandant de l'Unité de gestion de crises et de négociation de Tsahal.