Une base électorale en ébullition
Le climat au sein de la société ultra-orthodoxe est devenu bouillonnant. La frustration dans la « base » va croissant : comment est-il possible que le Shass et le Judaïsme de la Torah, les partenaires les plus influents de Netanyahu, se retrouvent impuissants face à la vague d'arrestations de fidèles étudiants de la Torah ?
L'interview accordée par Deri à Oded Harush sur la Chaîne 14 n'était pas seulement un plaidoyer pro domo, mais un véritable cri politique. Deri, politicien aguerri qui préfère habituellement les coulisses, a lancé une attaque frontale contre le système d'application de la loi. Sa protestation contre la « persécution » des étudiants de la Torah visait à apaiser la conscience de ses électeurs, qui ont le sentiment d'avoir été abandonnés dans la bataille pour l'identité de l'État.
Un piège qui dépasse le seul Shass
Mais le problème de Deri est bien plus large que le Shass. Il reflète l'impasse de l'ensemble des partis ultra-orthodoxes. Pendant toute une législature, ils ont promis la loi sur la conscription comme « première clause » des accords de coalition, mais au fil du temps, il est apparu que ces promesses se sont brisées sur le roc de la réalité juridique et politique. Cette détresse engendre une réaction en chaîne extrême : plus l'étau autour de la conscription des jeunes des yeshivot se resserre, plus les attaques contre la conseillère juridique du gouvernement et la Cour suprême (Bagatz) s'intensifient.
La tentative de faire adopter à la dernière minute, juste avant que la Knesset ne risque d'être dissoute, la « Loi fondamentale : l'étude de la Torah », est une manœuvre du tout-ou-rien. C'est une tentative désespérée de produire un acquis symbolique à présenter aux électeurs le jour du bilan. Pour Deri, cette loi est une bouée de sauvetage politique — une façon de dire à sa communauté : « Nous avons combattu jusqu'au dernier moment, et ceux qui nous en ont empêchés sont les juges et les juristes. »
Une réalité profondément transformée
Mais sous la surface, Deri sait que la réalité a changé. Le statu quo historique s'est fissuré, et la critique interne dans la rue ultra-orthodoxe ne disparaîtra pas facilement. La visite à la prison n°10 pourra lui valoir des points d'empathie à court terme, mais à long terme, les électeurs jugeront sur les résultats, non sur les déclarations.
Si Deri ne parvient pas à apporter une solution pérenne à la question de la loi sur la conscription, il risque de découvrir que sa détresse politique actuelle n'est que le prélude à une crise de confiance profonde, qui reconfigurera le paysage politique ultra-orthodoxe pour les années à venir.