Une question juridique de principe

La controverse autour du surnom « Al-Jazeera 12 » soulève également une question juridique fondamentale. L'accord de règlement conclu avec Tsipori n'a de valeur contraignante qu'entre les parties signataires ; il ne constitue en aucun cas une jurisprudence générale interdisant au grand public d'utiliser cette expression. En droit israélien, il existe une protection relativement large pour l'expression d'opinion sur des sujets d'intérêt public, et les tribunaux ont par le passé reconnu l'usage de formules acerbes, voire offensantes, comme faisant partie intégrante du débat politique.

L'effet dissuasif des plaintes à sommes astronomiques

La réaction de Chaîne 12 à la perte de son statut de « réunion de tribu » inclut un recours croissant aux outils juridiques contre ses détracteurs. Sur le plan civique, des plaintes portant sur des sommes colossales risquent de créer un effet dissuasif et de décourager citoyens et journalistes d'exprimer des critiques virulentes.

Les partisans de la chaîne feront valoir qu'un organe de presse n'est pas tenu d'accepter la diffamation et qu'il a lui aussi le droit de défendre sa réputation. Mais c'est précisément parce qu'un organe médiatique central jouit d'une exposition et d'un pouvoir public considérables qu'il devrait faire preuve d'une grande tolérance face à la critique, même lorsqu'elle est virulente et parfois injuste.

La réputation se bâtit dans l'arène publique, pas devant les juges

En définitive, le statut d'une chaîne d'information ne se détermine pas en salle d'audience, mais aux yeux du public. La confiance des téléspectateurs se construit par un reportage précis, équitable et fiable — et non par des actions en diffamation. Si Chaîne 12 souhaite préserver sa place sur le marché médiatique israélien, le moyen le plus efficace d'y parvenir est d'affronter la critique dans l'arène publique, et non de s'en remettre à l'arène judiciaire.

Car dans l'arène judiciaire, Chaîne 12 bénéficie d'un avantage déloyal, tant en raison de sa position monopolistique traditionnelle dans le paysage médiatique que de son opposition à la réforme judiciaire, laquelle sert les intérêts des juges appelés à statuer sur des affaires impliquant la chaîne — tout particulièrement lorsque ces affaires sont instruites devant le tribunal de paix de Tel-Aviv. Le fait que Chaîne 12 déplace son combat — dans sa tentative de préserver son hégémonie déclinante dans les médias israéliens — de l'arène publique vers l'arène judiciaire révèle avant tout une détresse identitaire, et ne témoigne pas nécessairement du bien-fondé de sa cause.