En deux moments décisifs, Yifat Ben-Haï Shegev a préféré son jugement professionnel aux attentes du groupe de pouvoir auquel elle était censée appartenir. La première fois concernait l'appel d'offres pour l'exploitation de la chaîne de la Knesset. La commission professionnelle avait classé la Chaîne 12 en troisième position et retenu la Chaîne 20 (aujourd'hui Chaîne 14). Plutôt que d'accepter cette décision professionnelle comme le résultat d'une compétition légitime, Ben-Haï Shegev subit de fortes pressions de la part des représentants de la « jurisrocratie » pour qu'elle revienne sur sa position. Le message était on ne peut plus clair : il est permis d'être professionnel, à condition que le résultat serve les bons acteurs.

Il est désormais impossible de considérer de tels cas comme de simples erreurs ponctuelles. Ils s'accumulent pour former un schéma : neutralisation ciblée de responsables qui dévient du consensus institutionnel ; politisation de professions censées être neutres ; enquêtes vécues davantage comme des dossiers montés de toutes pièces que comme une recherche ouverte de la vérité ; et utilisation croisée du pouvoir médiatique et judiciaire pour protéger l'ancienne hégémonie.

Nul besoin ici d'invoquer des théories du complot. Il n'existe pas de salle fermée où journalistes, procureurs et juges se distribuent des instructions. Des mécanismes de pouvoir plus sophistiqués opèrent par le biais d'incitations, d'identités partagées et d'une compréhension mutuelle des limites du permis. Chaque institution sait qui sont ses alliés, qui lui confère sa légitimité et qui risque de payer le prix s'il dévie de la ligne.

Le préjudice le plus grave n'est pas seulement celui causé à une personne en particulier. Il est infligé à la confiance du public. Lorsque les citoyens sont convaincus que les médias protègent leurs alliés, que le parquet désigne ses cibles et que les tribunaux appliquent des règles différentes selon les acteurs concernés, ils cessent de voir dans ces institutions des organismes professionnels. Ils y voient un camp politique.

La réhabilitation ne viendra pas par le simple remplacement d'une hégémonie par une autre. Elle exige que l'intégrité professionnelle soit replacée au centre : des médias qui n'utilisent pas leur pouvoir pour intimider ; un parquet qui enquête sur les faits plutôt que de construire des dossiers autour d'une cible ; et des tribunaux qui appliquent des principes uniformes, même lorsque l'une des parties est un familier de l'élite.

Yifat Ben-Haï Shegev incarne précisément le professionnalisme qui fait défaut aujourd'hui : une femme qui a ses convictions, mais qui ne soumet pas son jugement professionnel au camp politique dont elle est issue. En cette ère de polarisation profonde, c'est une qualité particulièrement rare.

Si l'ancienne hégémonie n'était pas disposée à l'accepter comme présidente de la Deuxième Autorité de radiodiffusion, il est tout à fait possible qu'elle finisse par l'accueillir en tant que ministre des Communications de l'État d'Israël. Ce ne sera pas seulement une réhabilitation personnelle. Ce sera une déclaration que le professionnalisme reprend enfin le dessus sur la loyauté tribale.