Selon les données du Bureau central des statistiques pour l'année 2023, environ 13 % des Israéliens âgés de 20 ans et plus ne se connectent pas du tout à Internet — soit quelque 804 000 personnes. En 2025, des organismes de recherche estimaient encore à environ 846 000 le nombre d'Israéliens restés en dehors du monde numérique (selon les données du Système national du numérique). C'est un public considérable, représentant des centaines de milliers d'électeurs dont la voix est cruciale pour l'issue du scrutin, et que les campagnes digitales n'atteignent tout simplement pas.
Les chiffres bruts ne racontent pas toute l'histoire. Nombreux sont ceux qui possèdent un smartphone sans pour autant « vivre » la politique en ligne : ils ne consomment pas de podcasts, ne réagissent pas sur Facebook et ne débattent pas sur Twitter. Ils sont absorbés par leur travail, leur famille, leurs obligations de réserviste et le coût de la vie. C'est là que réside la grande erreur des directeurs de campagne, qui mesurent parfois le succès au nombre de vues, de « j'aime » et de partages — plutôt qu'au nombre d'électeurs qui se déplaceront concrètement aux urnes le jour du vote.
Pour le camp de la droite, la véritable bataille pourrait se jouer dans les villes de la périphérie, dans les vieux quartiers et dans les villes de développement — des lieux où règnent un sentiment de fatigue, d'usure et parfois même de désespoir. La majorité des voix de la périphérie s'identifie à la droite, et pour l'essentiel, ce sont des voix du Likoud. Ce sont des gens qui croient déjà dans ce camp ; il suffit de les mobiliser pour qu'ils sortent de chez eux. Sacrifier le travail de terrain au profit du digital, c'est perdre des voix acquises qui constituent la base de soutien la plus naturelle et la plus profonde du camp national.
À l'inverse, la gauche sait générer une forte participation aux urnes avec des taux de vote très élevés. Elle arrive mobilisée, disciplinée, animée par un agenda unique et clair : l'opposition farouche au gouvernement. Lorsqu'un camp tout entier se rend aux urnes avec un tel niveau d'engagement, chaque voix manquante de l'autre côté devient un problème stratégique grave. Il existe une différence immense entre la conviction idéologique sur les réseaux et la mobilisation sur le terrain, et cet écart ne peut se combler uniquement par des vidéos virales ou des campagnes bien financées.
Il est temps de replacer le « terrain » au centre de la scène
Une campagne digitale est un outil important, mais elle ne saurait remplacer le travail humain sisyphéen. Aucun algorithme ne remplacera un militant local qui connaît chaque famille, et aucune publicité Facebook n'égalera un appel téléphonique personnel ou un coup à la porte. Dans des élections serrées, des dizaines de milliers de voix peuvent déterminer l'identité du gouvernement, et chaque voix qui reste à la maison n'est pas seulement une voix perdue — elle risque de devenir l'avantage décisif du camp adverse.
En conclusion, les prochaines élections ne se décideront pas dans les studios, sur les réseaux sociaux ou grâce à l'intelligence artificielle, mais dans les escaliers des immeubles HLM, dans les cafés et dans les clubs du troisième âge. Elles se décideront lors des rencontres personnelles et par la capacité à faire lever les gens de leur fauteuil pour aller voter. Celui qui saura comprendre que le numérique n'est qu'un moyen et non une fin, et qui investira l'essentiel de ses efforts dans la mobilisation humaine sur le terrain, découvrira que ce sont précisément les voix qui semblaient « invisibles » qui auront décidé de l'issue de toute la bataille.