C'est pourquoi une machine à laver les mots a été mise en marche dans la version précédente du projet de loi, qui décrivait les étudiants en Torah comme ayant droit à « des droits et des obligations équivalents à ceux qui accomplissent un service significatif » — et qui comprend comprendra. Mais cette formulation a suscité, comme prévu, la colère du public et même au sein de la coalition. La commission ministérielle de législation a donc brouillé davantage encore le texte du projet de loi. La version actuelle définit l'objectif de la loi comme la création de « balances de la justice par rapport aux autres valeurs fondamentales de l'État ». Une formulation naïvement cynique, qui reflète à quel point ses promoteurs se sont éloignés de l'esprit même du judaïsme.

Cette législation hystérique est conçue pour maintenir le pouvoir de Netanyahou, tout en tentant de garantir une protection constitutionnelle à l'exemption — présente et future — de centaines de milliers d'étudiants en yeshiva de toute participation au fardeau sécuritaire. S'y ajoute le deal conclu avec les partis ultraorthodoxes : en échange de cette loi « fondamentale » et d'une loi visant à empêcher l'armée et la police d'arrêter les étudiants déserteurs — une loi que tout esprit sensé comprend qu'il sera difficile de défendre devant la Cour suprême —, les ultraorthodoxes apporteront leur soutien à une législation ajoutant de nouveaux piliers à la révolution judiciaro-régimentaire.

Il faut espérer qu'au moment décisif, il ne se trouvera pas de majorité pour adopter cette législation honteuse et dangereuse. Et si elle venait malgré tout à être adoptée et à souiller le livre des lois, il faut espérer que la Cour suprême interprétera ces « balances de la justice » dans leur sens moral et axiologique, ancré dans la valeur d'égalité — et non dans celle d'achat du pouvoir, au sens propre comme au sens figuré.