Un système conçu pour exclure la droite
Pour nommer des juges, le gouvernement de droite n'a pas son mot à dire. Une majorité de cinq membres sur neuf au sein du comité de nomination suffit — une majorité sur laquelle la juristocratie exerce un contrôle absolu : trois juges de la Cour suprême, deux membres du Barreau, auxquels s'ajoute un représentant de l'opposition. Ce bloc est suffisant pour imposer des nominations.
C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre les propos de Barak, selon lesquels chaque tribunal devrait être un Bagatz à part entière, et chaque juge, un petit Bagatz en lui-même. Le concept même du Bagatz est une institution extrêmement singulière, qui n'existe pratiquement qu'en Israël — et certainement pas avec l'étendue des pouvoirs et des prérogatives que détient le nôtre.
Un héritage colonial détourné
Les Britanniques avaient créé l'institution du Bagatz précisément parce qu'ils ne souhaitaient pas conférer de pouvoir aux juges des instances inférieures, composées de magistrats locaux non britanniques. Ils entendaient ainsi concentrer le pouvoir entre leurs propres mains. C'est pour cette même raison qu'ils n'avaient pas non plus introduit le système du jury en Palestine : ils ne voulaient pas accorder de pouvoir aux autochtones en tant que jurés.
Désormais, Barak souhaite prendre cette institution exceptionnelle qu'est le Bagatz et l'étendre, de facto, à l'ensemble des instances judiciaires — comme si celles-ci n'étaient pas déjà surchargées.
La politisation des institutions professionnelles
À mesure que l'ancienne hégémonie a perdu de son poids démographique et politique, la volonté de Barak et de ses héritiers de transférer le pouvoir vers des institutions dites « professionnelles » qu'elle contrôle s'est renforcée — au premier rang desquelles les tribunaux, l'université, les forces de sécurité et la haute fonction publique. Ce faisant, Barak a politiquement corrompu ces institutions, qui sont censées fonctionner selon une éthique professionnelle et non partisane.
Les tribunaux sont censés trancher des litiges ; l'armée est censée remporter des guerres ; l'université est censée enrichir le savoir humain ; et les médias sont censés révéler la vérité. Dès lors que de telles institutions commencent à se percevoir comme des agents de transformation sociale au service d'une vision idéologique particulière, elles s'érodent professionnellement et perdent progressivement la confiance du public.
Des mandataires, non des idéologues
En définitive, ni Barak, ni Kochavi, ni Zilber, ni Porat n'ont été nommés pour promouvoir leurs convictions personnelles. Ils ont été nommés pour accomplir la mission originelle des institutions qu'ils ont dirigées — une mission qui se doit d'être aussi professionnelle que possible, et non partisane. Le combat pour les valeurs et les visions du monde doit être laissé, en premier lieu, au champ politique : c'est là, et là seulement, que le public et ses représentants élus ont la capacité réelle de façonner le visage de la société.