Une dépendance stratégique dangereuse
Lorsque les intérêts commencent à diverger, même une amitié étroite ne garantit plus une identité de positions. C'est là que se révèle le problème central : Israël a concentré une part considérable de son capital politique dans un seul panier, et dispose aujourd'hui de peu de leviers d'influence sur l'administration américaine. Ses relations avec de larges pans du Parti démocrate se sont dégradées au fil des années, et il évite de s'impliquer dans les conflits internes au camp républicain, entre le courant néo-conservateur et évangélique d'un côté, et le mouvement isolationniste MAGA de l'autre. Parallèlement, la guerre prolongée a affaibli le statut d'Israël auprès d'une partie de l'Europe et du monde occidental.
D'un point de vue de gestion des risques, il s'agit d'un problème stratégique majeur. Dans le monde financier, un investisseur responsable ne concentre pas tous ses actifs dans une seule action, aussi prometteuse soit-elle. Les États ne sont guère différents. Ils doivent construire un réseau de partenariats, de sorte qu'une crise sur un front ne se transforme pas en crise globale.
Renforcer l'alliance américaine sans en être l'otage
Cette réflexion ne signifie pas un éloignement des États-Unis — bien au contraire. L'alliance avec Washington demeure l'atout stratégique le plus précieux d'Israël, notamment grâce au soutien militaire et au parrainage diplomatique, au premier rang duquel figure le droit de veto américain au Conseil de sécurité. Parallèlement, Israël doit œuvrer à la restauration de ses liens avec les courants modérés du Parti démocrate, en gardant à l'esprit que les républicains ne seront pas toujours en position de force.
Approfondir les cercles de partenariat
Dans la même logique, il est pertinent de continuer à développer le réseau d'alliances régionales tissé ces dernières années : avec la Grèce et Chypre en Méditerranée orientale, avec l'Azerbaïdjan au nord, avec les Émirats arabes unis dans le Golfe, et avec des pays de la Corne de l'Afrique comme l'Éthiopie et le Somaliland. Un tel réseau ne remplace pas l'alliance avec les États-Unis, mais renforce la position d'Israël et élargit sa marge de manœuvre — y compris vis-à-vis de Washington lui-même.
Repenser la puissance : l'exemple qatari
La notion même de puissance a évolué. Le Qatar est l'exemple d'un État petit et relativement faible sur le plan militaire, qui a su bâtir une influence internationale considérable grâce au capital, aux médias, aux investissements et aux liens culturels et académiques. On peut débattre de ses objectifs, mais il est difficile d'ignorer son succès dans l'exercice du soft power.
Israël ne peut se contenter de sa supériorité militaire et de ses réussites économiques. S'il aspire à s'imposer comme puissance régionale, il doit également investir dans l'influence politique, culturelle et technologique, et construire un réseau élargi de partenariats. L'alliance avec les États-Unis restera la pierre angulaire de la sécurité nationale — mais précisément pour la préserver dans la durée, Israël doit éviter d'en être exclusivement dépendant et agir selon un principe fondamental : en politique étrangère aussi, la diversification des risques est la clé de la résilience stratégique.