Il est difficile d'exagérer l'importance de cette question. Selon toutes les estimations, il existe une réelle probabilité que ces élections soient cette fois d'une âpreté, d'une agressivité et d'une violence d'une ampleur sans précédent. La coalition actuelle, avec Netanyahou à sa tête, est animée par le sentiment qu'il s'agit d'un combat pour la survie — personnelle et politique — dont une défaite pourrait s'avérer fatale. Par ailleurs, pour un très grand nombre de proches du pouvoir, qui bénéficient des flux financiers coalitionnels sans précédent que ce gouvernement a versés à ses obligés, l'enjeu est aussi considérable sur le plan économique.

De l'autre côté, une large partie de la population est profondément lasse de ce qu'elle perçoit comme la politique irresponsable d'un gouvernement qui n'a pas assumé sa responsabilité pour le 7 octobre, qui a précipité l'État dans la déliquescence de ses institutions démocratiques et l'a transformé en une marque toxique aux yeux des nations civilisées. L'idée d'une continuation du régime Netanyahou et de la coalition actuelle suscite chez elle des craintes pour l'existence même de l'État tel que nous l'avons connu.

Ces données fondamentales sont de mauvais augure. Elles constituent un terreau fertile pour toutes sortes d'agents du chaos — qu'il s'agisse d'acteurs internes, notamment ceux qui préféreraient le chaos à une défaite électorale, ou d'acteurs extérieurs, parmi lesquels des États et des groupes hors d'Israël, pour qui le chaos est une fin en soi.

Une situation d'une dangereuse gravité sans précédent

Ceux qui sont censés veiller au bon déroulement des élections, à leur intégrité et à la confiance du public dans leurs résultats sont des institutions dont on peut légitimement douter de la volonté ou de la capacité à assumer cette mission essentielle. La Commission électorale centrale, principal organe chargé de la régularité et de la pureté du scrutin, est un organe hybride. Elle est présidée par un juge de la Cour suprême et dispose d'un personnel administratif dirigé par un directeur général ; mais elle est aussi en partie un organe politique, composé de représentants des factions parlementaires qui sont, par définition, des acteurs aux intérêts politiques déclarés. C'est pour cette raison que bon nombre des décisions substantielles de la Commission électorale centrale finissent devant la Cour suprême. Dans un contexte où est menée une campagne organisée et orchestrée contre la Cour suprême, les bases d'une remise en cause de la légitimité de ses décisions en matière électorale ont déjà été posées.

Un autre acteur essentiel est la police israélienne, qui constitue l'organisation centrale chargée du maintien de la loi et de l'ordre. Or la police s'est depuis longtemps effondrée et s'est départie de toute valeur d'État pour s'asservir entièrement aux caprices politiques d'un ministre violent et raciste. Il s'agit d'une situation d'une dangereuse gravité sans précédent, et l'on ne peut qu'espérer que la police se ressaisisse et évite de précipiter l'État dans l'abîme.

Le service de sécurité intérieure (Shin Bet) joue lui aussi un rôle crucial dans la garantie de l'intégrité du scrutin — tant pour la protection physique des acteurs politiques dont l'atteinte, à Dieu ne plaise, pourrait ébranler le tissu social et le régime démocratique dans ses fondements, que pour la neutralisation des cybermenaces et des ingérences d'agents d'influence par divers moyens. Et non moins important : il lui incombe de s'abstenir de mettre ses capacités et son autorité au service d'intérêts politiques sous couvert de « position professionnelle sécuritaire » — par exemple, en portant atteinte au droit de vote des Arabes citoyens d'Israël, en invalidant des partis qui les représentent, ou en remettant autrement en cause leur capacité à participer normalement aux élections. Il semble que ce soit là un objectif central de la coalition actuelle. En outre, dans une situation où le responsable du Shin Bet est le Premier ministre — qui est par définition un acteur politique de premier plan animé d'intérêts propres — la chaîne de reporting du chef du Shin Bet sur tout ce qui touche aux élections doit être adressée au président de la Commission électorale centrale et non au Premier ministre, comme cela avait été établi par le passé dans la « tradition orale ».

C'est pourquoi la rencontre entre Solberg et Zini revêt une importance capitale. Dans la situation périlleuse où se trouve l'État d'Israël à la veille d'élections — où il est fort probable que certains souhaitent les voir déraper vers la violence, le chaos et l'érosion de la confiance du public dans leurs résultats — tout renforcement des autorités chargées de leur bon déroulement est d'une nécessité absolue.