Le tournant décisif : la comparaison avec l'opération précédente
Le point d'inflexion central réside dans la comparaison avec l'opération précédente, « Am Kelavia ». Les acquis de cette opération avaient ouvert la voie à des négociations entre les États-Unis et l'Iran. Même si ces négociations n'avaient pas abouti à un accord sur l'arrêt des programmes nucléaires, du programme de missiles et du soutien iranien aux organisations mandataires, il aurait été judicieux d'éviter une escalade militaire agressive en lançant l'opération « Lion's Roar ». Cela, en tenant compte de la possibilité que l'Iran bloque le détroit d'Ormuz en représailles — auquel cas l'opération n'aurait pas fait avancer la solution, mais aurait au contraire aggravé le problème et empêché la conclusion d'un accord raisonnable répondant également aux objectifs d'Israël, comme cela se dessine dans l'accord en voie d'être signé entre les États-Unis et l'Iran.
L'entrée dans l'opération « Lion's Roar » a exigé un lourd tribut stratégique. Le détroit d'Ormuz est devenu une carte de pression considérable, retournée contre nous. Le fait qu'Ormuz soit devenu un levier de contrainte démontre que, parfois, l'abstention d'agir est la bonne stratégie, car elle prive l'ennemi de l'opportunité d'exploiter de nouvelles vulnérabilités.
L'objectif central manqué : la chute du régime iranien
L'objectif principal pour lequel Israël et les États-Unis se sont lancés dans l'opération « Lion's Roar » était de faire tomber le régime iranien, un pas qui aurait entraîné un changement immédiat au Moyen-Orient et ouvert une nouvelle voie vers la paix régionale. Or, ni Israël ni les États-Unis n'avaient pris en compte la fermeture du détroit d'Ormuz — un coup de théâtre qui a poussé Trump à chercher par tous les moyens une sortie de guerre et un accord avec le régime iranien qu'il souhaitait pourtant initialement renverser. Cela a conduit à une reconnaissance de facto par Trump du régime extrémiste iranien, accompagnée d'un cessez-le-feu et d'un abandon total de l'objectif central : abattre ce régime.
La conséquence la plus grave de la décision de Trump est la perte de toutes les réalisations accumulées par Israël et les États-Unis lors des opérations « Am Kelavia » et « Lion's Roar » ; nous sommes revenus à la case départ, au même point qu'avant ces deux opérations contre l'Iran, en ayant payé un prix exorbitant. Certes, l'Iran est aujourd'hui affaibli après les coups sévères qu'il a encaissés, mais avec l'aide des Russes, des Chinois et de la Corée du Nord, il parviendra, après la conclusion de l'accord avec les États-Unis, à reconstituer en peu de temps des dizaines de milliers de roquettes et de missiles balistiques ainsi que des millions de drones, et continuera de renforcer ses bras armés : le Hezbollah, les milices en Irak et les Houthis au Yémen.
La menace nucléaire iranienne, plus présente que jamais
Mais ce qui constitue la menace la plus grave pour Israël et pour le monde entier, c'est que, pendant que Trump tente de conclure un accord avec eux, l'Iran court à toute vitesse vers la mise au point d'une bombe nucléaire. Il est possible que les Iraniens fassent déjà avancer ce processus sous les radars afin d'atteindre le seuil de la bombe le plus rapidement possible, car ils disposent de tous les moyens nécessaires pour y parvenir en peu de temps. Le jour où ils annonceront détenir une capacité nucléaire, la situation sécuritaire au Moyen-Orient se dégradera irrémédiablement.
Trump n'inclura pas non plus dans son accord avec les Iraniens la question des missiles balistiques ni celle du soutien iranien à ses mandataires. Ce qui intéresse Trump, c'est la réouverture du détroit d'Ormuz et la récupération des 440 kg d'uranium enrichi à 60 %. Je ne vois pas comment les Iraniens accepteraient cela ; mais même s'ils le faisaient, ils conserveraient en leur possession 10 tonnes d'uranium enrichi à 3,5 % et à 20 %, qu'ils peuvent relativement facilement enrichir à 60 % et au-delà, en peu de temps, grâce aux centrifugeuses qui leur resteraient — en partant du principe qu'ils n'accepteront jamais leur démantèlement dans quelque accord que ce soit. Et de toute façon, après que Trump aura quitté ses fonctions, même le peu sur lequel ils se seront engagés dans l'accord avec les États-Unis, ils ne le respecteront pas.
La liberté d'action de Tsahal au Liban, première victime opérationnelle
Au-delà de l'échec diplomatique, le préjudice le plus tangible se manifeste dans la liberté d'action opérationnelle de Tsahal au Liban. Avant « Lion's Roar », Tsahal jouissait d'une liberté d'action relative, même sous les contraintes du cessez-le-feu. Cette réalité permettait de maintenir une sécurité courante et d'empêcher le renforcement de l'ennemi. Mais à la suite de l'opération « Lion's Roar », les règles du jeu ont changé. Le Hezbollah, qui a repris ses attaques avec une vigueur renouvelée, refuse catégoriquement de revenir aux équilibres d'autrefois et n'accepte de cessez-le-feu qu'à la condition qu'Israël se retire à ses frontières. Qui plus est, la pression internationale — en tête de laquelle la politique de l'administration Trump — a considérablement réduit la marge de manœuvre israélienne. Des décisions prises dans les coulisses de Washington, à la suite de l'embrasement régional consécutif à « Lion's Roar », ont créé un corset politico-sécuritaire qu'Israël a la plus grande peine à briser.
La leçon fondamentale de « Lion's Roar »
En conclusion, l'opération « Lion's Roar » nous enseigne une leçon fondamentale : toute action militaire, aussi justifiée et sophistiquée soit-elle, ne sert pas nécessairement l'intérêt national à long terme. La force militaire est un outil au service d'objectifs politiques, et non une fin en soi. Lorsqu'elle est utilisée de manière inconsidérée, elle peut entraîner un retournement des équilibres stratégiques à notre détriment, durcir les positions de l'ennemi et réduire notre capacité de réponse. Les décideurs politiques israéliens doivent intégrer que la sagesse stratégique requiert parfois la retenue, et que la capacité à identifier le plafond de verre de l'action militaire est la clé pour préserver notre puissance et notre sécurité dans la durée.