À Téhéran, on tire une grande satisfaction du fait que des États arabes, autrefois victimes du terrorisme iranien, infléchissent désormais leur position en faveur de l'Iran — parmi eux le Qatar, l'Arabie saoudite, et même les Émirats arabes unis, en partie du moins. Ce mouvement leur apporte la preuve que la stratégie de « prise d'otage » — dont l'« otage » est cette fois le détroit d'Ormuz — fonctionne bel et bien, propulsant leur orgueil et leur hubris vers de nouveaux sommets. Pour le régime, il s'agit là de la méthode ultime pour traiter avec l'Occident.
Dans cette dynamique, les Iraniens inondent l'espace public de références historiques, évoquant des rois de l'Antiquité ayant défait Rome et la Grèce. Des bas-reliefs vieux de deux mille ans, présents sur le territoire iranien, font soudain l'objet d'une mise en avant renouvelée. Le nationalisme perse est lui aussi mobilisé au service de cette campagne, bien que le régime s'y soit habituellement opposé, privilégiant l'identité islamique. Mais désormais, les deux sont mêlés dans un même récit : l'islam, le chiisme et le nationalisme perse auraient, ensemble, résisté à toutes les pressions et à toutes les menaces.
Parallèlement, les hauts responsables du régime nient catégoriquement l'existence de clauses relatives au nucléaire, aux missiles ou aux organisations supplétives (proxies), affirmant n'avoir consenti à aucun compromis sur ces sujets. En revanche, un point est martelé par chaque porte-parole iranien : tout accord conclu devra inclure un cessez-le-feu sur notre frontière nord, au Liban, au bénéfice du Hezbollah. Ce sujet est répété inlassablement par tous les relais officiels du régime.
Sur la scène intérieure, on assiste au retour en première ligne de Mohammad Baqer Qalibaf, président du Parlement iranien. Après une longue période de quasi-disparition, il a commencé à nommer des membres à l'équipe de négociation. Les fractures internes au sein de la direction semblent se refermer — peut-être n'ont-elles d'ailleurs jamais vraiment existé et avons-nous été manipulés, bien que j'estime personnellement qu'elles étaient réelles. Quoi qu'il en soit, lorsque la main est gagnante, les protagonistes se rapprochent. La victoire facilite cette cohésion : il est aisé d'être soudés quand on gagne ou quand on obtient de bons résultats. Tandis qu'en période de crise les alliés tendent à se distancer et à diverger, le sentiment de victoire actuel génère entre eux une forme d'unité retrouvée.
Ces discours de fanfaronnade constituent le cœur du sujet, et ils résonnent avec force à travers les médias, les hauts responsables et les cadres des Gardiens de la Révolution. Même si des voix se sont élevées — comme ce fut le cas dimanche — pour soutenir que les fonds gelés ne seraient pas débloqués sans la signature d'un accord définitif, ou qu'il n'y aurait rien à négocier sans traitement de la question des proxies (qui se trouve au cœur des exigences des États-Unis et d'Israël), les Iraniens considèrent ces demandes comme totalement incompréhensibles et non pertinentes.
Selon eux, l'accord se limite exclusivement au détroit d'Ormuz et symbolise la fin des guerres. Aucune autre question ne saurait être envisagée, et ils ne sont pas disposés à discuter d'autre chose. Toutes les publications laissant entendre que l'Iran s'apprêterait à geler l'enrichissement d'uranium, à livrer le matériel enrichi, ou à prendre toute autre mesure allant dans ce sens — sont qualifiées par eux de mensonges absolus. Ils continuent à le nier avec constance, tout en amplifiant toujours davantage leur rhétorique de grandeur.