Dix-huit ans de politique sécuritaire défaillante

Pendant environ dix-huit ans, Israël a mené une politique sécuritaire profondément problématique vis-à-vis du Liban. Tsahal a évité, à maintes reprises, d'affronter le Hezbollah, même lorsque celui-ci franchissait toutes les lignes rouges dans sa montée en puissance et ses activités contre Israël.

Tout le monde se souvient peut-être des deux tentes dressées par le Hezbollah à l'été 2023 sur le territoire souverain israélien au Mont Dov, mais il ne s'agissait là que d'un incident parmi des centaines, voire des milliers d'événements — grands et petits — survenus durant ces dix-huit années le long de la frontière nord.

Les tunnels, symptôme d'une passivité coupable

En décembre 2018, Tsahal a lancé l'opération « Bouclier du Nord », au cours de laquelle il a découvert et neutralisé six tunnels terroristes offensifs creusés par le Hezbollah depuis le sud du Liban vers le territoire israélien. Ces travaux de génie militaire ont été conduits le long de la Ligne bleue, en territoire israélien.

En juillet 2020, une cellule terroriste a tenté de s'infiltrer en Israël dans le secteur du Mont Dov. Les forces de Tsahal ont déjoué l'infiltration sans faire de victimes israéliennes. En août 2021, le Hezbollah a lancé une salve de 19 roquettes en direction de zones ouvertes en Israël.

En avril 2023, pendant la fête de Pessah, un tir intense d'environ 34 roquettes depuis le Liban a visé la Galilée occidentale. Israël a attribué ces tirs au Hamas et à des factions palestiniennes opérant au Liban.

L'incident de Hanita : l'inaction politique comme doctrine

Le 13 mars 2023, un terroriste du Hezbollah a franchi la frontière près du kibboutz Hanita. Malgré des renseignements préalables, l'échelon politique a interdit à Tsahal de tendre une embuscade pour prévenir l'infiltration. Le terroriste a atteint le carrefour de Megiddo, où il a placé un engin explosif artisanal activé en bord de route, blessant grièvement un civil.

Le terroriste a été éliminé par des combattants de l'unité YAMAM et du Shin Bet lors d'un échange de tirs sur la route du Nord, près de Shomera, alors qu'il tentait de regagner le Liban.

Les combats actuels révèlent l'ampleur des infrastructures du Hezbollah

Il a récemment été permis de publier, avec l'autorisation du porte-parole de Tsahal et de la censure, deux informations significatives : les combattants de la brigade commando de réserve 551 ont achevé, ces derniers jours, leur septième rotation de réserve depuis le 7 octobre. Lors de cette dernière rotation, ils ont conquis la localité de Majdal Zoun et détruit le « Ben Gourion des drones » du Hezbollah au Liban. Au cours des combats, ils ont éliminé 80 terroristes et localisé plusieurs tunnels, dont le tunnel dit de « l'Aéroport », construit sur des centaines de mètres de long et de large. Les combattants ont également découvert deux tunnels supplémentaires sous la localité.

De la politique de l'autruche au massacre du 7 octobre

Depuis la Deuxième Guerre du Liban, il y a vingt ans, et jusqu'au 8 octobre 2023, Israël a mené face au Hezbollah une politique de l'autruche : la tête dans le sable, sans jamais agir pour enrayer la montée en puissance de l'organisation. Depuis cette guerre, le Hezbollah a évolué d'une organisation terroriste en une véritable armée dotée de capacités offensives et de manœuvre.

Le problème majeur est qu'Israël a répété à Gaza les mêmes erreurs commises au Liban durant ces années — et ce, dès la fin de l'opération « Bordure protectrice » en 2014. À Gaza, cela s'est conclu par le massacre abominable du 7 octobre.

Vingt ans après qu'Israël a délibérément fermé les yeux pendant environ dix-huit ans, le public israélien doit s'interroger sur ce qu'il a appris du comportement d'Israël face au Liban durant les deux décennies qui séparent la Deuxième Guerre du Liban du massacre du 7 octobre.

Des questions stratégiques sans réponse

Quelle doctrine défensive Israël construit-il sur le long terme le long des frontières libanaise, syrienne, gazaouie, mais aussi égyptienne et jordanienne ? Comment empêchera-t-il une armée terroriste de s'installer face aux maisons de Metula, Hanita, Sdérot, Be'eri, Qatzrin, Keshet et Odem sur le plateau du Golan ?

Pour l'heure, il semble que le gouvernement israélien soit absorbé par sa survie politique jusqu'aux élections d'octobre et par sa volonté de conserver le pouvoir après ce scrutin. Sur le dos de Tsahal, il évite de prendre les décisions nécessaires en matière de construction de force, de complément des effectifs combattants dans l'armée régulière, de montée en puissance militaire et d'élaboration d'une stratégie globale incluant des accords politiques pour régler l'après-guerre.

Ce n'est que dans vingt ans que l'on pourra déterminer ce qu'Israël aura appris de la Deuxième Guerre du Liban et des événements qui ont suivi, jusqu'au massacre du 7 octobre 2023.