Il apparaît ainsi que les mises en garde contre les accommodements consentis par Tsahal aux ultraorthodoxes pour les inciter à s'engager se sont matérialisées de la façon la plus grave qui soit : mettre inutilement en danger la vie de soldats. Et ce, malgré le fait que depuis le début du cycle de combats en cours au Liban, 22 soldats ont été tués, dont la majorité par des drones explosifs. Dans un reportage de Tom Levinson (Haaretz, 21 mai), un combattant du Guivati âgé de 19 ans, prénommé Tomer, témoigne : « Avec les drones, on a l'impression que c'est juste une question de chance. Notre sentiment dominant sur le terrain, c'est l'impuissance. » Et pourtant, au lieu de réduire ce sentiment d'impuissance, l'armée a choisi de ne pas déployer un système vital — à cause des exigences des ultraorthodoxes.

Début février, une directive de l'état-major a été publiée concernant l'intégration des ultraorthodoxes dans Tsahal, instituant trois filières à différents niveaux de séparation entre les sexes et d'observance religieuse. La filière « David », la plus stricte des trois, s'applique à la brigade « Hashmona'im » et devrait s'étendre à d'autres unités. Dans cette filière, l'accès des femmes est formellement interdit, et l'ensemble du personnel — y compris les prestataires de services et les professionnels — est tenu d'observer un mode de vie religieux. Les commandants sont même tenus de veiller à ce que le comportement de chaque soldat soit conforme à ce mode de vie.

Ainsi, au lieu que ce soient les soldats ultraorthodoxes qui s'adaptent à la réalité, ce sont les soldates qui sont priées de disparaître du terrain, et les prestataires de services et professionnels non religieux qui se voient écartés de ces unités.

Il convient d'énoncer l'évidence : les accommodements que Tsahal est contraint de consentir pour que les ultraorthodoxes acceptent de s'enrôler ne doivent pas se faire au détriment de la dignité, du bien-être et de la sécurité des autres soldats et soldates. L'ordre, la discipline et l'obéissance stricte aux ordres sont les conditions les plus fondamentales au bon fonctionnement d'une armée. Même selon la loi juive, la préservation de la vie (pikouah nefesh) prime sur toute autre considération.

Le chef d'état-major, Eyal Zamir, a récemment accompli un geste de commandement nécessaire et courageux en ordonnant d'appliquer avec sévérité l'interdiction du port de patch messianique et de mettre fin à la dérive disciplinaire qu'il engendre. Dans le même esprit, et avec encore plus d'urgence, une application rigoureuse des règles de sécurité des soldats et d'obéissance aux ordres est impérative — même si cela implique que des missions soient accomplies par des soldates. Le refus d'un soldat ultraorthodoxe d'admettre qu'une mission vitale soit accomplie par une autre unité comprenant des femmes s'apparente à un refus d'obéissance, et doit être traité comme tel.