Cela fait près de cent jours que Tsahal se bat contre le Hezbollah. Certes, il y a des acquis sur le terrain : le Hezbollah a essuyé des pertes de l'ordre de 7 500 à 8 000 morts depuis le 8 octobre 2023.

Ces chiffres comportent un astérisque, car tout dépend à qui l'on s'adresse : le chef d'état-major, le commandant du commandement Nord ou le porte-parole de Tsahal. Mais c'est à peu près l'ordre de grandeur, auxquels il faut ajouter quelque dix mille combattants du Hezbollah blessés.

Tsahal a franchi le Litani sur le versant oriental, en face des localités du Doigt de Galilée. Cette manœuvre s'ajoute au déplacement de centaines de milliers d'habitants du sud du Liban — des membres de la communauté chiite — devenus des réfugiés dans leur propre pays, dans l'incapacité de rentrer chez eux, certains n'ayant plus ni maison ni village où retourner. Mais la conduite de la campagne contre le Hezbollah pose problème.

Un plan initial revu et corrigé

Le plan initial de l'establishment sécuritaire prévoyait que Tsahal agirait fin 2025 contre le Hezbollah. Il s'agissait de porter un coup décisif aux dirigeants de l'organisation ainsi qu'à ses dispositifs de tir et d'armement, en concentrant la puissance israélienne en profondeur au Liban. Mais l'échelon politique avait d'abord reporté le plan de Tsahal, lorsqu'il était apparu qu'Israël que les Américains pourraient prendre part aux combats contre l'Iran.

Au sein de Tsahal, des ajustements furent effectués en cours de préparation, sachant que si Tsahal opérait aux côtés des Américains contre l'Iran, la disponibilité de l'aviation pour les frappes au Liban serait nécessairement limitée, l'attention étant logiquement mobilisée par les frappes en Iran. Dès le départ, Tsahal et l'establishment sécuritaire avaient compris qu'ils avaient affaire à un rouquin impatient, et ils avaient donc préféré concentrer l'effort sur l'Iran, sachant qu'Israël et l'armée américaine n'avaient pas tout le temps du monde devant eux.

En Israël, on croyait que même si le Hezbollah entrait en guerre contre Israël après la frappe en Iran, il serait possible de maintenir la séparation entre les fronts. Autre point essentiel pour comprendre la situation : le point de départ de Tsahal et de l'échelon politique était qu'une frappe dure contre l'Iran entraînerait automatiquement un affaiblissement du Hezbollah.

L'Iran a dicté ses conditions

Mais personne n'avait simulé dans les jeux de guerre les manœuvres iraniennes qui ont donné une leçon tant aux Américains qu'aux Israéliens : la fermeture du détroit d'Ormuz, la pression exercée sur l'économie mondiale par l'assèchement des réserves de pétrole et de carburant d'Iran, mais aussi de tous les puits du Golfe arabe. Et par-dessus tout, les Iraniens sont parvenus à relier les fronts entre eux, si bien que le gouvernement israélien a dû capituler sur ce point face aux Iraniens, en acceptant le diktat américain lui-même imposé par les Iraniens. Résultat : la « guerre du cessez-le-feu ».

Israël est sorti sans résultats probants de la grande campagne contre l'Iran, et il apparaît désormais clairement qu'il en sera de même au Liban. Cent jours sans décision. Rappelons à tous que la Seconde Guerre du Liban, qui n'avait duré que 34 jours, s'était terminée sur une sorte de match nul. Les membres de l'opposition d'alors, menés par le député Benyamin Netanyahou, avaient affirmé que dans ce cas précis, un match nul équivalait à une défaite.

La tentation du passé

Tsahal s'est certes emparé de territoire au Liban, mais l'objectif à long terme de cette occupation reste flou. Israël se doit d'élaborer un plan politique en renforçant le gouvernement libanais. Il faut faire entrer au Liban toutes les forces régionales puissantes et modérées, telles que l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït et d'autres États du Golfe qui ont, d'un côté, un intérêt dans le Liban, et de l'autre, un compte à régler avec l'Iran et le Hezbollah.

À cela doit s'ajouter une coordination avec les Syriens, qui cherchent eux aussi à agir contre le Hezbollah. Et bien entendu, il faut amener les Américains et les Français à apporter leur parrainage, lequel découle de leurs intérêts historiques au Liban.

Mais au lieu de cela, Israël laisse entendre qu'il a l'intention de s'emparer de territoire dans le sud du Liban et d'essayer de faire ce en quoi il a déjà échoué par le passé : recréer dans ces mêmes zones une bande de sécurité et livrer la guerre du siècle dernier — celle dont, après près de vingt ans, Israël est sorti la queue entre les jambes.