Dès l'ouverture des débats, les juges de la Haute Cour ont tenu à clarifier que l'argument avancé par Levin — selon lequel le président de la Cour Amit n'aurait pas été nommé dans les formes légales — est dépourvu de tout fondement juridique et repose, en réalité, sur le refus du ministre lui-même de mener la procédure à son terme. En conséquence, les juges ont affirmé :
« Nous nous trouvons dans l'obligation de préciser ce qui aurait dû aller de soi : ayant été régulièrement élu par le comité de sélection des juges et ayant prêté serment devant le président de l'État, le juge Yitzhak Amit est bien le président de la Cour suprême. »
La déclaration des juges Ofer Grosskopf, Alex Stein et Yehiel Kasher était nécessaire. Il en va de même de leur injonction ordonnant à Levin de mettre fin au boycott d'Amit et de coopérer avec lui en vue de la nomination de hauts responsables du système judiciaire.
La Haute Cour a tenté de signifier à Levin qu'il est coupé de la réalité. Les juges ont cherché à illustrer au ministre de la Justice que son refus de reconnaître Amit comme président de la Cour suprême revient à nier la présidence d'Yitzhak Herzog à la tête de l'État, le fait que Benjamin Netanyahu est Premier ministre, ou encore qu'Amir Ohana est président de la Knesset.
La réaction du ministre de la Justice à l'arrêt de la Haute Cour démontre que la tentative du tribunal de le raccrocher à la réalité est sans espoir. « De manière exceptionnelle, je suis tout à fait d'accord avec la conclusion du jugement selon laquelle il convient que le ministre de la Justice travaille en coopération avec le président de la Cour suprême, lorsqu'il en existe un », a déclaré Levin. Autrement dit, Levin continue de nier la présidence du juge Amit. La seule chose qui ait changé, c'est qu'il existe désormais une validation légale officielle du caractère illégal de ses agissements. Si Levin poursuit son boycott à l'encontre d'Amit, il doit être traité comme un délinquant.
Non seulement la poursuite du boycott contre le juge Amit est illégale, mais le refus du ministre de la Justice de convoquer le comité de sélection des juges l'est tout autant. D'ailleurs, grâce à l'arrêt rendu la semaine passée par la Haute Cour — qui avait contraint Levin à publier les noms des candidats aux postes de magistrats dans les tribunaux de district de Haïfa et de Beer-Sheva — Levin a publié vendredi dernier les noms de 18 candidats. Cela prouve que lorsque la Haute Cour fixe une limite, Levin s'y conforme. Le ministre tentera sans doute encore d'esquiver la convocation du comité en invoquant l'anticipation des élections, mais le message de la Haute Cour lui est parvenu.
C'est exactement ainsi qu'il convient de traiter les voyous du gouvernement : leur tracer une frontière légale claire, au-delà de laquelle ils seront considérés comme des délinquants à part entière. Une chose est certaine : il ne faut jamais capituler face à ces gens-là.