La vertu punie par le système

Si le problème central de notre vie politique est bien la perte d'intégrité, pourquoi un homme politique perçu comme honnête, responsable et mesuré fait-il l'objet de critiques aussi acerbes ? Si le public aspire vraiment à des dirigeants qui font passer l'intérêt national avant l'intérêt personnel, pourquoi Gantz est-il présenté, encore et encore, comme quelqu'un qui « manque de la brutalité nécessaire » ?

La vérité, c'est que de larges pans du système politique et médiatique se sont habitués à une politique de l'intrigue. Ils la condamnent peut-être, mais ils admirent dans le même temps son efficacité. Ils méprisent les manipulations, mais attendent de leurs politiciens qu'ils soient suffisamment manipulateurs pour l'emporter.

Le cynisme érigé en compétence

Dans l'Israël de ces dernières années, un homme politique est jugé moins à l'aune de ses valeurs que de sa capacité à « manœuvrer » ses adversaires. La ruse politique est devenue une valeur quasi suprême. Celui qui trompe avec succès est considéré comme un « magicien politique ». Celui qui tient parole est parfois perçu comme un faible. Et c'est peut-être là la véritable tragédie de la politique israélienne : le public se plaint d'une culture politique brutale et cynique, mais peine à reconnaître la valeur d'un dirigeant qui refuse de jouer exactement selon ces mêmes règles.

L'honnêteté, une faiblesse ?

Gantz n'est peut-être pas le politicien le plus habile de la scène. Il n'est peut-être pas assez combatif dans les luttes de survie. Mais si l'intégrité, la retenue et le discernement d'homme d'État deviennent en Israël des faiblesses politiques — alors le problème n'est peut-être pas seulement dans les dirigeants. Il réside peut-être aussi dans les attentes que le public nourrit à leur égard.