En politique israélienne, il faut regarder une réalité en apparence illogique et se demander quelle logique se cache derrière elle. C'est précisément la question qui se pose autour du refus obstiné du président de la Knesset, Amir Ohana, d'activer la procédure exceptionnelle qui permettrait de faire avancer la loi sur les médias, malgré les milliers d'amendements déposés contre elle.

Il s'agit pourtant d'une procédure parlementaire courante, déjà utilisée par le passé lorsque l'opposition tente de paralyser un processus législatif en le noyant sous les amendements. Ce n'est pas une invention nouvelle, pas un acte sans précédent, ni la « fin de la démocratie ». Alors pourquoi Ohana s'y oppose-t-il ?

« Ohana a promis à la Chaîne 12 que la loi sur les médias de la droite ne passerait pas »

La réponse officielle ne convainc guère. À certains interlocuteurs, il répond qu'il craint une saisine de la Haute Cour (intéressant à noter) ; à d'autres, qu'il n'y a pas de précédent (il en existe !) ; à d'autres encore, qu'il s'en occupe (grand merci). Car si le gouvernement croit en cette loi, si le ministre des Communications la porte, si les membres de la coalition la soutiennent, et s'il est évident pour tous que les amendements visent avant tout à retarder le processus — pourquoi est-ce précisément le président de la Knesset qui bloque ?

La grande image : l'après-Netanyahu en ligne de mire

C'est là qu'entre en jeu le tableau d'ensemble. De plus en plus de sources au sein du Likoud affirment qu'Ohana est plus occupé que quiconque, depuis quatre ans, à préparer le jour d'après Benjamin Netanyahu. Tout journaliste politique sait qu'il n'a jamais existé de président de la Knesset ayant autant exploité sa position pour s'assurer l'accès permanent aux militants du Likoud qu'Ohana. Jamais un président ne s'est déplacé avec sa suite et sa voiture officielle à chaque événement d'un membre du comité central comme le fait le président actuel.

Mais cela va bien au-delà. Il est difficile d'ignorer le fait qu'Ohana construit, depuis plusieurs années, un profil d'homme d'État modéré, acceptable aux yeux des centres de pouvoir extérieurs au camp national. Et qui sont ces centres de pouvoir ? En premier lieu, les médias traditionnels, avec la Chaîne 12 en tête. Ohana comprend parfaitement ce que tout politicien chevronné sait : pour remporter les primaires du Likoud, il faut les militants, mais pour devenir Premier ministre, il faut aussi une légitimité publique plus large. Il sait que le chemin vers le bureau du Premier ministre ne passe pas uniquement par le comité central du Likoud, mais aussi par les studios, les journaux télévisés et les commentateurs qui façonnent l'opinion publique.

De là découle la question inévitable : voudra-t-il vraiment être l'homme dont la signature figure sur l'avancement d'une loi perçue par la Chaîne 12 comme une menace directe à ses intérêts ? Il est difficile de ne pas remarquer que la Chaîne 12 mène une campagne agressive contre cette loi, presque chaque soir — dans les journaux télévisés, les débats et les reportages. Pour elle, il s'agit d'un combat stratégique. Quiconque aspire à bénéficier, à l'avenir, d'un traitement équitable — ou du moins moins hostile — de la part des grands médias israéliens, pourrait bien réfléchir à deux fois avant d'aider à faire passer une telle loi.

Cela explique parfaitement pourquoi Ohana traîne des pieds et fait tout pour que la Knesset soit dissoute avant que la commission Distal n'ait achevé ses travaux. Car si l'opposition n'est pas fondée, si la procédure exceptionnelle est un outil courant, et si la coalition veut cette loi — il ne reste qu'une seule question : à qui profite le retard ?

Et la réponse, du moins pour l'instant, ne flatte guère Amir Ohana. Il est peut-être déjà absorbé par des élections qui n'ont pas encore été annoncées. Peut-être que la bataille pour la présidence du Likoud a déjà commencé, et que le public n'en a tout simplement pas encore été informé. Ce qui est certain, c'est qu'Ohana a déjà prouvé qu'il n'est pas à la hauteur de sa fonction. Le camp national ne placera jamais à sa tête celui qui travaille pour les médias de gauche.