Eh bien, c'est peu ou prou ce qu'ont fait les États-Unis cette semaine. Sans vergogne et en pleine lumière, il a été décidé en Suisse de créer un nouveau mécanisme de « coordination et de prévention des frictions » au Liban. Sur le papier, il s'agit d'un énième organe technique censé contribuer à la stabilité régionale. En réalité, l'une des principales significations de cette démarche est d'accorder à l'Iran et au Qatar un statut et une influence sur la scène libanaise. Non pas comme suspects. Non pas comme acteurs à contenir. Mais comme partenaires.

Il faut relire cette phrase deux fois pour saisir l'ampleur de l'absurdité. L'Iran, qui a fondé le Hezbollah, l'a financé, armé et transformé le Liban en le plus grand arsenal de missiles au monde dirigé contre Israël, obtient un statut dans un mécanisme censé précisément stabiliser le Liban. Le Qatar, qui a investi pendant des années des milliards dans la promotion de mouvements islamistes radicaux à travers la région, est soudainement présenté comme faisant partie du dispositif de solution.

Si ce n'était pas aussi triste, cela ferait un excellent sketch. Mais le vrai problème n'est pas l'ironie. Le problème, c'est que cette décision révèle un changement bien plus profond de la politique américaine. Pendant des années, Israël a tenté de convaincre le monde que l'Iran était la principale source d'instabilité au Moyen-Orient. Non seulement en raison de son programme nucléaire, mais aussi à cause de sa stratégie méthodique : construire des milices, démanteler les États de l'intérieur, s'emparer des capitales arabes et encercler Israël dans un anneau de feu. C'était la vision du monde officielle israélienne, et dans une large mesure, celle des Américains aussi.

Voici qu'arrive l'administration Trump, avec le vice-président Vance menant une ligne de réduction de l'engagement américain et de remodelage de l'ordre régional, transmettant un message radicalement différent. Plus d'isolement de l'Iran, mais son intégration. Non plus son éloignement des centres d'influence, mais son insertion en leur sein. Non plus le considérer comme faisant partie du problème, mais le traiter comme un partenaire potentiel dans la gestion du problème.

C'est précisément le phénomène que l'histoire connaît sous un autre nom : l'apaisement. Il ne commence presque jamais par de la sympathie envers l'agresseur. Il commence par la fatigue. Par le désir d'acheter la paix. Par l'espoir que si l'on donne à l'agresseur une place à la table, il deviendra plus responsable. C'est ce que pensaient Londres et Paris en 1938. Personne n'aimait Hitler. Personne ne voulait la guerre. Et l'on décida donc de sacrifier la Tchécoslovaquie au nom de la stabilité européenne. La suite est connue. La Tchécoslovaquie disparut, et la guerre vint quand même.

Il en alla de même pour les peuples d'Europe de l'Est livrés dans les faits à la sphère d'influence soviétique. Il en alla de même, encore et encore, dans tous les endroits où l'Occident se persuada qu'il était possible de trouver un arrangement avec ceux qui bâtissent leur puissance sur l'agression.

Certes, l'Iran de 2026 n'est pas l'Allemagne de 1938, et la comparaison ne signifie pas une identité entre les régimes. Mais le schéma est frappant de similitude. L'idée qu'un acteur révolutionnaire et subversif peut être transformé en gardien de l'ordre régional est une idée qui a échoué à maintes reprises au fil de l'histoire.

Et c'est ici qu'intervient l'aspect le plus préoccupant à nos yeux. Non pas Washington. Jérusalem. Les États agissent selon leurs intérêts. Les États-Unis ne sont pas l'État protecteur d'Israël. C'est une superpuissance qui agit en fonction de ce qui lui semble juste. On peut s'indigner de la décision, on peut s'y opposer, mais on ne peut pas s'étonner que l'Amérique pense d'abord à l'Amérique.

La question est : pourquoi Israël ne pense-t-il pas d'abord à Israël ?

Pourquoi n'avons-nous pas vu jusqu'ici une vaste campagne diplomatique contre cette démarche ? Pourquoi des délégations d'urgence n'ont-elles pas été envoyées au Congrès ? Pourquoi les amis d'Israël aux États-Unis n'ont-ils pas été mobilisés ? Pourquoi n'avons-nous pas entendu une protestation ferme et claire de la part de l'échelon politique ?

Si l'Iran est la plus grande menace existentielle pesant sur Israël, comme le gouvernement ne cesse de le répéter depuis des années, comment se fait-il que l'octroi d'un statut officiel à l'Iran sur la scène libanaise ne suscite pas une réaction sans précédent ?

Un tel silence traduit la faiblesse. La faiblesse invite la pression. Et la pression invite davantage de concessions. Car nul n'a besoin d'être naïf. Si le modèle libanais s'impose, d'autres modèles suivront. D'abord au Liban, ensuite à Gaza, puis en Judée-Samarie. Chaque fois au nom de la stabilité. Chaque fois au nom de la prévention des frictions. Chaque fois au nom de la responsabilité internationale. Et chaque fois, un peu moins de liberté d'action pour Israël et un peu plus de légitimité pour ses ennemis.

C'est pourquoi il est temps de le dire avec la plus grande clarté :

Israël ne sera pas la Tchécoslovaquie du XXIe siècle.

Israël ne sera pas la Hongrie abandonnée à son sort en 1956.

Israël n'est pas né pour que des puissances lointaines décident à sa place quelles menaces il doit accepter et quels ennemis il doit tolérer.

Israël ne sera pas la Tchécoslovaquie du XXIe siècle.

Israël ne sera pas la Hongrie abandonnée à son sort en 1956.

Israël n'est pas né pour que des puissances lointaines décident à sa place quelles menaces il doit accepter et quels ennemis il doit tolérer.

Tel était peut-être le destin d'autres peuples. Ce ne sera pas le nôtre. La grande leçon du sionisme était simple : les Juifs ne dépendraient plus de la bonne volonté des autres. Ni de l'ONU, ni de l'Europe, ni de l'Amérique, ni d'aucun mécanisme international au nom ronflant et aux déclarations solennelles.

Les Américains sont libres de prendre toutes les décisions qu'ils souhaitent. C'est leur pays et ce sont leurs intérêts. Mais nous aussi, nous avons le droit de dire haut et fort : pas à nos dépens. Pas aux dépens de la sécurité de nos enfants. Pas aux dépens de nos soldats. Et pas aux dépens de l'avenir de l'État d'Israël.

Car en fin de compte, celui qui paiera le prix des erreurs commises aujourd'hui dans les salles de réunion suisses ne sera pas le fonctionnaire en Suisse, ni le diplomate à Washington, ni l'expert qui passera demain sur un plateau de télévision. Ce sera le citoyen israélien. Ce sera le soldat israélien. Ce seront nos enfants. C'est pourquoi la question n'est pas seulement ce qui a été décidé cette semaine en Suisse. La question est : qu'a décidé Israël ?

A-t-il l'intention de se battre pour ses intérêts, ou de continuer à se taire en espérant que le problème disparaîtra de lui-même ? A-t-il l'intention de dire, même à sa plus grande alliée, ce qui doit être dit ?

Et cette vérité est simple :