Il ne s'agit peut-être pas d'une déconnexion au sens propre du terme. C'est assurément de l'indifférence, du désintérêt et une volonté délibérée de ne rien voir ni entendre. Il est stupéfiant que cela arrive à un homme politique qui a grandi, étudié et vécu aux États-Unis durant les années formatrices de sa personnalité. Un chef d'État peut se permettre de soutenir le Parti républicain, mais chez Netanyahou, il ne s'agit pas seulement de sympathie ou d'appui. Il s'est accroché, lié et attaché de manière obsessionnelle au président républicain Trump et au sommet de son appareil partisan.

Pour la réunion prévue à la Maison-Blanche avec le président américain, le Premier ministre Netanyahou arrive avec un dossier chargé de demandes, d'exigences et de propositions. La majeure partie concerne la situation insoutenable créée par cette guerre sans fin contre l'Iran — une situation dont le principal responsable n'est autre que Trump lui-même.

C'est vraisemblablement à cette responsabilité que Trump faisait allusion lorsqu'il a déclaré, à la veille de sa rencontre avec Netanyahou : « C'est moi le patron. » Ce que le Premier ministre ne saisit pas — ou refuse de saisir —, c'est que Trump n'a ni réponse ni solution concrète à l'imbroglio diplomatique qu'il a lui-même créé, et que les Iraniens alimentent dans l'espoir de mettre fin à la guerre.

Des commentateurs soutiennent que l'une des raisons principales — peut-être la principale — de l'émergence de candidats démocrates affichant une posture ouvertement critique, distante et hostile à l'égard d'Israël, est que le Parti démocrate recherche des candidats et candidates capables d'attirer de nouveaux électeurs, notamment parmi les jeunes.

Ce qui est grave, c'est que ce tournant est amplifié par l'inaction et l'absence totale d'effort de sensibilisation de la part d'Israël pour endiguer la progression de ce changement dans la politique américaine. Le Premier ministre Netanyahou est l'illustration même de cette absence de conscience et de cette indifférence face au recul de la sympathie et du soutien à Israël dans l'arène politique intérieure américaine.

Une visite aux États-Unis en cette période est importante, voire indispensable. Mais pas à la Maison-Blanche, et pas dans le cadre d'une rencontre avec le président Trump. Le Premier ministre et les hauts responsables politiques israéliens devraient se rendre dans les grandes villes américaines, prendre l'initiative de rencontres avec des membres du Congrès et des sénateurs, dialoguer avec des acteurs locaux — et expliquer les positions d'Israël.

C'est aussi le devoir de ceux qui siègent à la tête de l'opposition israélienne. Mais il n'existe aucune trace, aucun signe, aucun indice d'un effort d'Israël officiel pour faire face aux dynamiques de changement qui s'intensifient dans la sphère politique et partisane américaine — des dynamiques qui menacent la tradition de soutien de cette puissance amie envers Israël.

Netanyahou doit rompre avec son accrochage et sa déférence obsessionnelle envers Trump. Il semble également que le Premier ministre ignore — ou refuse d'ignorer — la chute du prestige du président, dont le taux de satisfaction a plongé à 35 % dans les derniers sondages d'opinion. Il s'agit là d'un plancher historique, menaçant et dangereux pour Israël.