Le tournoi des petits États
À quelques instants de la clôture des grandes listes pour les élections à la Knesset, nous assistons au phénomène du « tournoi des petits États » : des fragments de partis et des candidats nouveaux — ou ceux que le système a autrefois rejetés — tentent aujourd'hui de revenir dans la roue politique. On pourrait comparer cela à la fin de la Coupe du monde de la FIFA, après laquelle commence l'organisation du tournoi de la CONIFA (la fédération des nations et minorités non membres de la FIFA), une arène réservée aux acteurs de second rang.
La course derrière un mandat imaginaire
Ce qui est particulièrement fascinant, c'est l'examen du profil des candidats et de leur électorat cible. Parmi les figures participant à ce tournoi des « petits partis », on remarque une quantité disproportionnée de candidats visant un groupe restreint : les « religieux libéraux ». C'est vers cette frange que se tournent des personnalités comme Ofer Winter, Moshe Feiglin, Yuli Edelstein, Hili Tropper, Shevut Ra'anan et Aliza Bloch — tous portant kippas ou couvre-chefs — aux côtés de Yoaz Hendel et d'Ayelet Shaked, qui courtisent ces mêmes électeurs « light ».
Pendant un an et demi, les médias ont martelé le récit de « ces 5 mandats du sionisme religieux libéral » qui seraient décisifs pour les élections. On a d'abord cru que Naftali Bennett saurait les mobiliser, et Avigdor Lieberman a lui aussi créé un état-major religieux-national en plaçant un candidat religieux sur sa liste. Pourtant, personne n'a jamais vérifié quelle est la taille réelle de cette part de marché. Le verdict est sans appel : il s'agit de moins d'un pour cent des électeurs. Ce groupe jouit d'un poids médiatique et organisationnel élevé, mais sa force électorale représente à peine un mandat, soit environ 40 000 voix.
Les chiffres ne mentent pas
Les données présentées exposent le nombre de voix obtenues par la liste « Ayelet Shaked à la tête du Foyer juif » lors des élections de 2022 dans ses 38 localités principales. En dépit d'une présence dans les bastions du sionisme religieux comme Jérusalem, Petah Tikva et Ra'anana, la liste n'a recueilli que l'équivalent d'un seul mandat, le reste des voix s'étant éparpillé dans quelque 1 150 localités supplémentaires.
Quiconque mise uniquement sur ces voix risque d'être cruellement déçu : pour entrer à la Knesset, il faut réunir environ 160 000 voix, ce qui implique de mobiliser plus de 100 000 électeurs supplémentaires. Sans percée vers des publics nouveaux, la course s'achèvera inévitablement par une collision douloureuse sous le seuil d'éligibilité.