Ces deux éléments ont à nouveau propulsé Gantz — qui avait déjà été le chef de file du bloc lors des élections de 2019, jusqu'à son entrée dans le gouvernement du Covid — à la tête du bloc anti-Bibi. Du moins dans les sondages. Certaines semaines, il frôlait déjà les 40 mandats. Sa conduite politique ne correspondait guère, c'est le moins qu'on puisse dire, à la hauteur à laquelle il s'était hissé dans l'opinion à cette époque. Certains commentaient déjà alors sa montée fulgurante dans les sondages en disant : « C'est un parking. » Mais personne ne s'attendait à ce que les 40 mandats évaporent entièrement du parking. Aujourd'hui, il plonge bien en dessous du seuil d'exclusion.

Un soutien instrumental

Pendant une période relativement longue — à l'aune des voix vagabondes — il dominait les sondages comme candidat du bloc anti-Bibi à la présidence du gouvernement. Un phénomène assez rare. Un homme qui s'obstine encore à se définir comme appartenant à la droite (pour les besoins de la discussion, mettons de côté le débat sur sa véritable appartenance idéologique) et qui mène pourtant le bloc de centre-gauche. L'expérience aurait dû lui enseigner qu'au moment de vérité, cela ne se produirait pas. Paradoxalement, ce qui donna le coup de pouce secret au processus de son déclin fut précisément son alliance avec Lapid, représentant emblématique de ce bloc.

En apparence, cela semble étrange, car Lapid appartient, de manière plus organique, à ce camp. Mais le soutien à Bennett était un soutien instrumental. L'hypothèse du bloc anti-Bibi était, selon toute vraisemblance, que son étiquette « droite » lui faciliterait la tâche de renverser le camp de la droite — ce que Gantz et Lapid n'avaient pas réussi à faire dans l'opposition. Bennett s'est donc allié à Lapid, pour finalement voir se réaliser exactement la crainte qui l'avait poussé à former cette alliance dès le départ.

Je me permets de supposer que si quelques mois supplémentaires nous séparaient des élections d'octobre, un cinquième candidat aurait également émergé pour conduire le bloc. Il s'agit d'un camp de sables (ou de voix) mouvants, dont l'objectif — peut-être le seul — est de renverser Bibi. C'est pourquoi il ne voue de loyauté à aucun leader particulier, ni même à une ligne idéologique ou politique définie.

D'ailleurs, on peut remonter encore plus loin dans le temps, car Begin avait également présidé auparavant à la tête de l'Irgoun. Ainsi, pendant plus de huit décennies, ce camp n'a été dirigé que par quatre leaders. Ce camp sait ce qu'il veut. Il est loyal envers celui qui le dirige. Cette loyauté a été éprouvée même dans les jours difficiles — voir la période des douze mandats (après les élections de 2006) ou les jours qui ont suivi le 7 octobre.

On peut raisonnablement supposer que la question de l'absence d'un leader consensuel continuera d'accompagner le bloc anti-Bibi, quels que soient les résultats des prochaines élections.